Panne de farine de riz en plein milieu d’une recette ? Pas de panique : si vous avez du riz en grains et un blender, vous avez déjà tout ce qu’il faut. Faire sa farine de riz maison prend une quinzaine de minutes, coûte deux fois moins cher que la farine du commerce, et donne une farine plus fraîche. Voici la méthode exacte, l’astuce du tamis qui change tout, et les quelques pièges à connaître (parce qu’il y en a).
Pourquoi faire sa farine de riz soi-même ?
La farine de riz est la farine de base de la pâtisserie sans gluten, et plus largement de toute la cuisine sans gluten. On la trouve en sacs de 5 kg, c’est dire si elle est utilisée. Alors pourquoi la faire maison ?
- Le prix. Un kilo de riz coûte nettement moins cher qu’un kilo de farine de riz, surtout en bio. Vous ne payez pas la mouture ni l’emballage.
- Le stockage. Le riz en grains se conserve bien plus longtemps que la farine. Un stock de riz, c’est un stock de farine potentielle, toujours disponible.
- La fraîcheur — surtout pour le riz complet. C’est le vrai argument, et il mérite d’être expliqué correctement (voir juste en dessous).
- Le choix du riz. Vous décidez : blanc, demi-complet, complet, bio, d’origine européenne… Ce que les paquets de farine ne précisent pas toujours.
La fraîcheur : ce qu’il faut vraiment comprendre
On lit souvent que la farine fraîchement moulue serait « beaucoup plus riche en vitamines ». Soyons honnêtes : pour le riz blanc, c’est faux. Un grain de riz blanc, c’est essentiellement de l’amidon ; il n’y a quasiment rien à préserver, et la farine de riz blanche se conserve très bien plusieurs mois.
En revanche, pour le riz complet ou demi-complet, l’argument est parfaitement valable, mais pour une autre raison : le son et le germe contiennent des lipides qui rancissent vite une fois le grain broyé. La mouture met ces graisses au contact de l’air et des enzymes du grain (lipases). Résultat : une farine de riz complète du commerce, stockée des mois en rayon, développe très souvent un goût amer, un peu « carton » — que beaucoup de gens attribuent à tort à la farine de riz elle-même. Moudre à la demande, c’est éliminer ce défaut.
Ce qu’il faut savoir avant de se lancer (les limites du blender)
Autant être franche : un blender ne fera jamais exactement la même farine qu’un moulin industriel. Les farines de riz du commerce sont broyées très finement (souvent en dessous de 150 microns, parfois par mouture humide). Au blender, on obtient une poudre plus irrégulière, avec une petite fraction de particules plus grosses. D’où le tamisage, qui n’est pas facultatif.
Trois points à garder en tête :
- La granulométrie. Une farine trop grossière donne une texture sableuse en bouche, très perceptible dans les gâteaux moelleux et les crèmes. Le tamis règle 90 % du problème.
- La chaleur. Un blender qui tourne longtemps à pleine puissance chauffe la farine. Au-delà d’un certain point, cela endommage l’amidon : la farine absorbe alors davantage d’eau et les pâtisseries deviennent plus denses, parfois gommeuses. Travaillez par petites quantités et laissez le bol refroidir entre deux fournées.
- Votre appareil. Le riz est dur. Il émousse les lames et opacifie les bols en plastique. Certains fabricants excluent d’ailleurs la mouture à sec de leur garantie : vérifiez votre notice avant d’y aller franchement.
Quel appareil pour moudre du riz ?
| Appareil | Résultat | Pour qui ? |
|---|---|---|
| Blender puissant (≥ 1000 W) | Très bonne farine après tamisage | La solution de la plupart des gens. C’est celle que je détaille ici. |
| Moulin à café / moulin à épices | Excellent, souvent le plus fin | Petites quantités (30 à 80 g par passage). Idéal pour dépanner. |
| Moulin à céréales domestique | Le nec plus ultra, farine régulière, pas de tamisage | Ceux qui moulent leurs farines toutes les semaines. Investissement. |
| Robot pâtissier / mixeur à bol | Décevant, farine grossière | À éviter : les lames tournent trop lentement. |
Tous les riz ne se valent pas
Vous pouvez moudre à peu près tous les riz : blanc, demi-complet, complet, rond ou long. Deux nuances tout de même, que je préfère préciser :
- Riz long vs riz rond : le riz long (basmati, thaï) est plus riche en amylose, le riz rond en amylopectine. Sur la plupart des recettes courantes, la différence reste discrète. Elle devient visible sur les pains et les pâtes à tarte : le riz long donne une mie un peu plus sèche et friable, le riz rond une texture plus moelleuse et collante.
- Le riz gluant n’est PAS un riz comme les autres. Moulu, il donne de la farine de riz gluant (mochiko), qui est un ingrédient à part entière, très collant et élastique. Ce n’est pas un substitut de la farine de riz classique : ne les intervertissez pas dans une recette.
Comment faire de la farine de riz maison : la méthode pas à pas

Recette de base — sans gluten
Pour environ 500 g de farine de riz
Temps de préparation : 5 min de mouture, 15 à 20 min au total avec les tamisages successifs.
Ingrédients
- 500 g de riz (blanc, demi-complet ou complet)
Matériel : un blender + un tamis à farine fin (une passoire à mailles fines fait l’affaire).
- Vérifiez que votre riz et votre bol sont parfaitement secs. La moindre humidité colle la farine aux parois et bouche le tamis.
- Versez le riz dans le blender, sans le remplir à plus d’un tiers. C’est le point le plus important : un bol trop chargé tourne dans le vide et vous obtiendrez du riz concassé, pas de la farine. Avec un petit blender, comptez 100 à 150 g par fournée.
- Mixez à pleine puissance, par à-coups de 20 à 30 secondes. Faites une pause entre chaque, secouez le bol pour ramener les grains vers les lames. Comptez 1 à 2 minutes de mouture effective par fournée. Si le bol devient chaud au toucher, arrêtez et laissez refroidir.
- Tamisez. Passez la poudre au tamis fin : la farine fine tombe, les particules plus grosses restent dessus. C’est normal, le blender ne produit jamais une poudre homogène.
- Remettez le refus du tamis dans le blender et remixez. Répétez l’opération deux ou trois fois : à la fin, il ne reste presque plus rien dans le tamis.
- Laissez la farine refroidir à l’air libre quelques minutes avant de la mettre en pot. Enfermer une farine encore tiède crée de la condensation, et une farine humide moisit.
Le rendement
500 g de riz donnent environ 480 à 500 g de farine : les pertes se limitent à ce qui reste accroché au bol et au tamis. C’est donc une conversion quasiment 1 pour 1, pratique pour anticiper vos quantités.
Comment conserver la farine de riz maison ?
C’est là que le type de riz change tout :
- Farine de riz blanche : bocal hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Elle se garde facilement 6 mois à un an.
- Farine de riz complète ou demi-complète : les lipides du germe s’oxydent. Conservez-la au réfrigérateur ou au congélateur, dans un contenant hermétique, et consommez-la sous 1 à 3 mois. Au-delà, l’amertume s’installe. Le mieux reste de n’en moudre que ce dont vous avez besoin.
Un doute ? Sentez-la. Une farine de riz complète rance a une odeur de vieille huile, très reconnaissable. Elle gâchera votre gâteau : jetez-la sans regret.
Farine de riz et arsenic : le point qu’on oublie souvent
Le riz a une particularité : il accumule davantage d’arsenic inorganique que les autres céréales, parce qu’il pousse en submersion et que la plante absorbe cet élément naturellement présent dans les sols et les eaux. Cet arsenic se concentre surtout dans les enveloppes externes du grain — donc dans le son. Le riz complet en contient logiquement plus que le riz blanc, ce que reflète la réglementation européenne, qui fixe des teneurs maximales plus élevées pour le riz complet que pour le riz blanc usiné, et plus strictes encore pour les aliments destinés aux nourrissons (règlement UE 2023/915 ; les seuils évoluent, vérifiez la version en vigueur si le sujet vous intéresse).
Faut-il s’inquiéter ? Non, si le riz reste une base parmi d’autres. Le point de vigilance concerne surtout les personnes qui, par nécessité, mangent du riz à tous les repas — typiquement les personnes cœliaques, dont la moitié des produits de substitution sont à base de riz, et les jeunes enfants.
Deux réflexes simples, et ce sont de vraies bonnes pratiques :
- Variez vos farines sans gluten. Sarrasin, châtaigne, pois chiche, millet, quinoa, sorgho, teff : ce n’est pas seulement plus intéressant nutritionnellement (protéines, fibres, minéraux) et gustativement, cela répartit aussi le risque.
- Pour le riz en grains (pas pour la farine), une cuisson à grande eau puis égouttage réduit la teneur en arsenic. Cela ne s’applique évidemment pas à la mouture, d’où l’intérêt du point précédent.
Index glycémique : mélangez, ne remplacez pas
La farine de riz a un index glycémique élevé (proche de celui de la farine de blé blanche, voire supérieur), et le riz complet ne fait pas de miracle sur ce point : la différence d’IG entre farine de riz blanche et complète existe, mais elle reste modeste. Le son apporte des fibres et des minéraux, pas un IG bas.
La bonne stratégie, ce n’est donc pas de bannir la farine de riz, mais de la mélanger — ce qui est de toute façon indispensable, puisqu’elle ne remplace pas la farine de blé à 100 % toute seule. Associez-la à des farines à IG plus bas comme la farine de lupin, la farine de coco ou la farine de pois chiche, et servez-la avec du gras, des fibres et des protéines : l’IG d’un plat ne se lit jamais sur un seul ingrédient.
Retrouvez ma sélection de farines sans gluten à IG bas ici.
Que faire avec de la farine de riz ?
Elle est la STAR de la cuisine sans gluten, mais toujours en équipe. Commencez par mes mélanges tout prêts : le mix pâtisserie sans gluten maison avec maïs et le mix farines sans gluten et sans maïs.
Ensuite, elle se glisse à peu près partout :
- Les basiques du petit-déjeuner : crêpes sans gluten et pancakes sans gluten.
- Le pain sans gluten spécial sandwich et tartine.
- Les gâteaux : le marbré, le quatre-quarts, le cake au citron ou le cake salé aux orties.
- Les pâtes à tarte : pâte brisée sans gluten et pâte sablée sans gluten.
Petit bonus : sa granulométrie légèrement sableuse, souvent reprochée à la farine de riz, devient un atout dans les sablés et les crumbles, où elle apporte du croquant.
Voir toutes les recettes avec de la farine de riz
Et les autres farines maison ?
La technique est la même et vous évite d’accumuler dix paquets entamés dans le placard. Passent très bien au blender :
- Les légumineuses : lentilles corail, pois chiches secs (attention, la farine de pois chiche crue doit impérativement être cuite).
- Le sarrasin, le millet, le quinoa (rincez et séchez bien le quinoa au préalable pour éliminer la saponine, sinon la farine sera amère).
- Les flocons d’avoine sans gluten, qui donnent une farine d’avoine en 30 secondes.
Questions fréquentes
Peut-on faire de la farine de riz sans blender ?
Oui. Un moulin à café ou un moulin à épices donne même une farine plus fine qu’un blender, mais par petites quantités (30 à 80 g). Un moulin à céréales domestique reste la solution la plus confortable si vous moulez régulièrement.
Faut-il faire tremper le riz avant de le moudre ?
Non, surtout pas pour cette méthode. La mouture à sec exige un riz parfaitement sec. Le trempage relève de la mouture humide, une technique traditionnelle asiatique qui nécessite un séchage complet ensuite — inutilement compliqué à la maison.
Ma farine de riz est granuleuse, que faire ?
Trois causes possibles : le blender était trop chargé, la mouture trop courte, ou le tamis trop grossier. Reprenez la farine, remixez-la par petites quantités et tamisez avec une passoire à mailles vraiment fines.
La farine de riz maison remplace-t-elle la farine de blé ?
Pas à elle seule. Sans gluten, aucune farine ne reproduit le réseau élastique du blé. Il faut l’associer à d’autres farines et généralement à un liant (psyllium, gomme de guar, fécule). Partez d’un mix éprouvé plutôt que de substituer au poids.
Peut-on consommer la farine de riz crue ?
Non. Comme toutes les farines, elle doit être cuite : l’amidon cru est mal digéré, et une farine crue peut héberger des micro-organismes. Réservez-la aux préparations cuites.
Le matériel pour cette recette

Quel blender sain choisir pour préserver vos nutriments ?
Le conseil de Karen
Vous l’aurez compris : faire ses farines sans gluten, c’est simple et rapide. Mon vrai conseil, c’est de ne pas en faire des stocks. Moulez 200 ou 300 g quand vous en avez besoin, et gardez le riz en grains : vous aurez toujours une farine fraîche, jamais rance, et zéro paquet oublié au fond du placard. À vous de jouer !
La farine est une poudre obtenue en broyant des céréales.
Ave un blender est-ce qu’on peu parler de « farine » ?
« La farine est une poudre obtenue en broyant des céréales. » c’est exactement ce que fait un blender ou un mixer. On obtient une poudre à la fin qui est bien de la farine.
Bonjour, certaine recette de farine de riz indique de laver le riz, de le faire sécher et ensuite de le moudre en farine.Qu’en pensez vous?
bien à vous
Si vous avez le temps et l’équipement oui pourquoi pas, mais ce n’est pas qq chose qui est fait sur les farines du commerce. En général pour les graines et les oléagineux on recommande de faire tremper, mais les avis divergent sur ce sujet.
Bonjour,
j’ai un blender vitamix depuis un an et je n’ai pas encore testé les farines.
Pour faire de la farine de pois chiche, je mouds les pois encore secs? Cela ne va pas casser les lames du blender?
Merci
Oui sèche et ça ne casse pas les lames, c’est surtout très bruyant 🙂
Bonjour,
Peut-on faire de la crème de riz avec de la farine de riz moulue maison ?
Oui, on peut faire de la crème de riz avec de la farine de riz moulue maison, mais le résultat dépendra de la finesse de votre mouture et de votre procédé de cuisson.
Voici les points clés à considérer :
1. Différence entre farine de riz et crème de riz
Farine de riz : obtenue en moulant du riz cru (blanc ou complet). Elle est utilisée pour la pâtisserie, les pâtes ou les sauces, mais ses grains d’amidon restent entiers.
Crème de riz : farine précuite (souvent à la vapeur) puis séchée et re-moulue très finement. Cette précuisson modifie l’amidon, ce qui permet une cuisson quasi instantanée (comme une semoule fine précuite).
2. Si vous utilisez de la farine de riz maison sans précuisson
Vous pouvez l’employer pour faire une préparation similaire à la crème de riz, mais il faudra cuire plus longtemps (souvent 10 à 15 min à feu doux) pour que la texture devienne crémeuse.
Il faut impérativement une mouture extra-fine (quasi poudre) pour éviter un grain désagréable. Un moulin à meules ou un bon blender type Vitamix est conseillé.
Filtrer éventuellement au tamis pour retirer les particules trop grosses.
3. Pour se rapprocher d’une vraie crème de riz instantanée
Étalez la farine de riz maison en fine couche sur une plaque.
Précuisez-la au four à vapeur douce ou à la casserole avec un peu d’eau (consistance pâteuse), puis séchez-la complètement (déshydrateur ou four doux < 50 °C). Remettez au moulin pour obtenir une poudre très fine. 4. Conseils pratiques
Utiliser du riz rond pour plus d’onctuosité (amidon plus riche).
Incorporer la farine dans un liquide froid avant cuisson pour éviter les grumeaux.
Bien remuer pendant la cuisson.
Ajuster la quantité : environ 40 g de farine de riz pour 250 ml de liquide donne une crème épaisse.