Les microplastiques sont partout: dans l’eau, dans l’air, dans les sols, et dans notre assiette. C’est une pollution avérée et massivement documentée.
Ce qui l’est beaucoup moins, ce sont ses effets sur la santé humaine — et je préfère le dire d’emblée, parce que c’est ce qui permet de garder la tête froide. On sait que nous en ingérons; on ne sait pas encore ce que ça fait.
Ce qui n’empêche pas d’agir: une bonne partie de notre exposition vient de gestes très identifiables, et quelques changements simples réduisent beaucoup l’apport. Voici ce que j’ai mis en place chez moi.

Trois gestes simples couvrent l’essentiel de ce que vous pouvez faire.
Ce que vous allez trouver ici
Microplastiques, nanoplastiques : de quoi parle-t-on
Les microplastiques sont des particules de plastique de moins de 5 millimètres. Les nanoplastiques sont bien plus petits encore, en dessous du micromètre — assez petits, en théorie, pour franchir des barrières biologiques.
Ils proviennent de deux origines. La fragmentation d’objets en plastique sous l’effet du soleil, de l’abrasion et de l’eau, qui est la source principale. Et l’ajout intentionnel de microbilles dans certains produits, notamment cosmétiques — un usage désormais largement restreint en Europe.
Une précision utile, car la confusion est très fréquente: les particules de plastique ne sont pas en elles-mêmes des perturbateurs endocriniens. Ce sont certains additifs des plastiques — phtalates, bisphénols — qui présentent cette propriété. La distinction n’est pas théorique: elle explique pourquoi la chaleur et les aliments gras posent particulièrement problème, puisqu’ils favorisent justement la migration de ces additifs.
Ce qu’on sait et ce qu’on ignore sur la santé
C’est le passage le plus important, et celui que les articles sur le sujet escamotent le plus souvent.
Ce qui est documenté: la présence de microplastiques dans l’environnement, dans la chaîne alimentaire, et désormais dans des tissus humains — sang, placenta, poumons, plaques d’athérome. Cette omniprésence n’est plus discutée.
Ce qui ne l’est pas: les conséquences sanitaires. Il n’existe à ce jour ni seuil d’exposition défini, ni relation dose-effet établie chez l’humain, ni preuve de causalité pour une pathologie donnée.
L’étude qui a fait du bruit
Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en 2024 a analysé des plaques d’athérome carotidiennes prélevées chez des patients opérés. Du polyéthylène a été détecté dans les plaques de 58 % d’entre eux, et ces patients présentaient sur 34 mois de suivi un risque plus élevé d’infarctus, d’AVC ou de décès.
Le résultat est frappant et il mérite l’attention qu’il a reçue. Mais il faut le lire pour ce qu’il est:
- C’est une étude observationnelle: elle établit une association, pas une causalité. Ses auteurs le précisent explicitement.
- Elle porte sur 257 patients qui subissaient déjà une chirurgie carotidienne — donc une population à très haut risque cardiovasculaire, pas la population générale.
- La méthode de détection des particules a fait l’objet de discussions méthodologiques.
Autrement dit: un signal sérieux qui justifie de poursuivre la recherche et d’appliquer un principe de précaution raisonnable. Pas une démonstration que les microplastiques provoquent des infarctus.
Je préfère vous le présenter ainsi plutôt que de faire peur: la pollution est réelle, les gestes de réduction sont simples et sans inconvénient, et c’est une raison suffisante de les adopter sans attendre des certitudes qui mettront des années à venir.
D’où viennent les microplastiques dans l’alimentation

Quatre objets du quotidien, quatre remplacements simples.
Toutes les sources ne se valent pas, et c’est ce qui permet de hiérarchiser les efforts.
Les sources les plus documentées
- L’eau en bouteille plastique. Les travaux les plus récents, utilisant des méthodes capables de détecter les nanoparticules, ont trouvé des concentrations d’un ordre de grandeur très supérieur aux estimations antérieures. L’eau du robinet en contient aussi, mais nettement moins.
- Les sachets de thé et de tisane en plastique. C’est probablement la source la plus concentrée et la plus évitable: un sachet infusé à l’eau chaude libère des milliards de particules. Beaucoup de sachets réputés « papier » contiennent en réalité du polypropylène pour la thermosoudure.
- Les produits de la mer, en particulier les mollusques bivalves — moules, huîtres, coques — qui filtrent l’eau et se consomment entiers, système digestif compris.
- Le sel de mer, obtenu par évaporation d’eau de mer, et dans une moindre mesure le sucre et le miel.
- Tout ce qui est chauffé au contact du plastique: plats au micro-ondes dans leur barquette, sachets de cuisson, biberons.
Les sources domestiques qu’on oublie
Celles-ci sont sous-estimées alors qu’elles sont entièrement sous votre contrôle.
- Les planches à découper en plastique. Chaque coup de couteau en détache des particules, et une planche striée par l’usage en relargue beaucoup. C’est l’un des remplacements les plus rentables.
- Les ustensiles en plastique, spatules et cuillères notamment, surtout au contact d’une poêle chaude.
- Les bouilloires et cafetières à réservoir ou circuit plastique, où l’eau chauffe au contact. (voir mon comparatif des bouilloires sans plastique)
- Les revêtements antiadhésifs des poêles usagées ou rayées (voir mon comparatif des poêles sans PFAS).
Une précision sur un point souvent classé à tort ici: les boîtes de conserve ne posent pas un problème de microplastiques mais de résines époxy et de bisphénols dans le revêtement intérieur. C’est un sujet réel, mais différent — et il concerne surtout les conserves acides comme la tomate.
Les gestes les plus efficaces
Si vous ne deviez en retenir que trois, ce seraient ceux-là.
Passez au thé en vrac. C’est le geste le plus rentable de toute cette page: coût nul, effet immédiat, et le thé est meilleur. Une boule ou un filtre en inox suffit. Si vous tenez aux sachets, choisissez-les explicitement sans plastique.
Remplacez votre planche à découper en plastique par du bois ou du bambou. Contrairement à une idée répandue, le bois n’est pas moins hygiénique — ses propriétés d’absorption et sa structure lui donnent même un comportement favorable face aux bactéries.
Sortez le plastique de la chaleur. Jamais de plastique au micro-ondes, jamais de sachet de cuisson dans l’eau bouillante, et transvasez vos restes dans du verre avant de les réchauffer. La chaleur est le facteur qui accélère le plus la migration.
Pour l’eau
Un système de filtration reste la meilleure option, à la fois pour les microplastiques et pour les autres polluants. J’ai détaillé le sujet dans mon article sur la filtration de l’eau et dans celui sur tester et analyser l’eau du robinet. L’osmose inverse est le système le plus complet pour éliminer un maximum de contaminants.
Côté contenants: bouteilles, carafes, verres et tasses en verre, en grès ou en inox. Et une tasse personnelle non plastique à la machine à café du bureau, où l’eau très chaude traverse souvent des circuits en plastique.
Pour les produits de la mer
Les mollusques bivalves sont les plus concernés, puisqu’on les consomme entiers. Une consommation occasionnelle plutôt que régulière est le geste raisonnable.
Un point à corriger, parce qu’on le lit souvent: les certifications MSC et ASC portent sur la durabilité de la pêche et de l’aquaculture, pas sur la contamination. Elles sont utiles pour la ressource, mais elles ne garantissent rien en matière de microplastiques.
Pour le sel, le sucre et le miel
Le sel de mine ou le sel gemme contiennent en principe moins de microplastiques que le sel marin, qui provient de l’évaporation d’eau de mer. Pour le sucre et le miel, l’achat en vrac ou en pot de verre reste le plus simple.
Cuisiner et conserver autrement
La règle du gras

Plus un aliment est gras, plus les composants du plastique migrent vers lui.
C’est le principe le plus utile à comprendre: plus un aliment est gras, plus les composants du plastique migrent vers lui. Les graisses sont lipophiles et attirent les molécules non polaires dont sont faits beaucoup de plastiques, et la chaleur comme la durée de contact amplifient le phénomène.
Les aliments les plus concernés sont donc les fromages sous film, les viandes grasses en barquette, les huiles en bouteille plastique et les plats préparés.
Le geste simple: déballez dès le retour des courses et transférez dans du verre ou de l’inox. Un fromage qui reste trois jours sous film ne s’améliore pas, et les papiers de fromager sont là pour ça.
Pour la cuisson
Casseroles et poêles en inox ou en fonte. Si vous devez remplacer votre batterie, mon comparatif des poêles sans PFAS détaille les critères de choix.
Ustensiles en bois ou en inox plutôt qu’en plastique, particulièrement pour tout ce qui touche une surface chaude.
Pour la conservation et la congélation
Les bocaux en verre conviennent pour les denrées sèches comme pour la congélation — je congèle beaucoup en bocal, ça fonctionne très bien, à condition de laisser un espace en haut pour les liquides qui se dilatent en gelant.
Évitez surtout de congeler des produits gras dans des sacs plastique: c’est la combinaison la plus défavorable, gras plus durée longue.
Pour les courses, privilégiez le vrac en bocal ou en sac papier quand c’est possible. Le bio local utilise généralement moins d’emballages plastiques — ce qui n’est pas toujours vrai du bio de supermarché.
Au-delà de la cuisine
Une part importante de notre exposition ne passe pas par l’assiette.
Les textiles synthétiques libèrent des microfibres à chaque lavage. Privilégiez le coton, le lin et la laine quand c’est possible, et pour le synthétique existant, un sac de lavage dédié ou un filtre de machine capture une partie des fibres.
Les cosmétiques: vérifiez l’absence de polyéthylène, polypropylène, PET, PMMA ou nylon dans les listes d’ingrédients. Les microbilles intentionnelles sont désormais largement restreintes en Europe, mais d’autres formes subsistent.
L’air intérieur est une voie d’exposition sous-estimée: aérer quotidiennement et dépoussiérer régulièrement réduit l’inhalation de particules, qui vient largement des textiles et des revêtements de sol.
Et un mot pour finir sur la mesure des choses: l’essentiel du problème ne se règlera pas dans nos cuisines. Il se règlera par une réduction de la production de plastique. Nos gestes individuels ont leur valeur, ils ne remplacent pas cette action-là.
Questions fréquentes
Les microplastiques sont-ils dangereux pour la santé ?
Il faut distinguer deux choses. La présence de microplastiques est avérée dans l’environnement, la chaîne alimentaire et désormais dans des tissus humains. En revanche, les conséquences sanitaires restent largement inconnues: il n’existe à ce jour ni seuil d’exposition défini, ni relation dose-effet établie chez l’humain, ni preuve de causalité pour une pathologie donnée. Les travaux en cours justifient une précaution raisonnable, pas de l’anxiété.
Quel est le geste le plus efficace pour réduire son exposition ?
Passer au thé en vrac. Un sachet en plastique infusé à l’eau chaude libère des milliards de particules, et beaucoup de sachets réputés « papier » contiennent du polypropylène pour la thermosoudure. Coût nul, effet immédiat. Viennent ensuite le remplacement de la planche à découper en plastique par du bois, et le fait de sortir tout plastique de la chaleur — jamais au micro-ondes, jamais en cuisson.
Pourquoi les aliments gras sont-ils plus concernés ?
Parce que les graisses sont lipophiles: elles attirent et retiennent les molécules non polaires dont sont composés beaucoup de plastiques. La chaleur et la durée de contact amplifient encore le phénomène. Les fromages sous film, les viandes grasses en barquette, les huiles en bouteille plastique et les plats préparés sont donc les plus concernés. Le geste simple: déballer dès le retour des courses et transférer dans du verre ou de l’inox.
Les microplastiques sont-ils des perturbateurs endocriniens ?
Pas en tant que tels, et la confusion est fréquente. Les particules de plastique ne sont pas des perturbateurs endocriniens. Ce sont certains additifs des plastiques — phtalates, bisphénols — qui présentent cette propriété. La distinction est utile: elle explique pourquoi la chaleur et les aliments gras posent particulièrement problème, puisqu’ils favorisent la migration de ces additifs.
Les labels MSC et ASC garantissent-ils moins de microplastiques ?
Non. Ces certifications portent sur la durabilité de la pêche et de l’aquaculture — état des stocks, méthodes de capture, impact sur les écosystèmes. Elles ne disent rien de la contamination par les microplastiques et ne garantissent rien sur ce point. Elles restent utiles pour la ressource, mais pas pour cette question.
Faut-il arrêter les fruits de mer ?
Non. Les mollusques bivalves — moules, huîtres, coques — sont les plus concernés parce qu’ils filtrent l’eau et se consomment entiers, système digestif compris. Une consommation occasionnelle plutôt que régulière suffit comme précaution. Pour les poissons, dont on ne mange pas le tube digestif, la question se pose bien moins.
Le conseil de Karen
Ne cherchez pas à tout éliminer, c’est impossible et épuisant. Trois gestes couvrent l’essentiel: le thé en vrac, la planche à découper en bois, et plus jamais de plastique au contact de la chaleur. Le reste viendra naturellement. Et souvenez-vous que la vraie solution est en amont, dans la production de plastique — pas dans nos placards.
Comment faites-vous chez vous ? Dites-le-moi en commentaire.
Sources
- Marfella R. et al., 2024 — Microplastics and Nanoplastics in Atheromas and Cardiovascular Events, New England Journal of Medicine
- Hernandez LM. et al., 2019 — Plastic Teabags Release Billions of Microparticles and Nanoparticles into Tea, Environmental Science & Technology.
- Microplastiques dans les crustacés et mollusques — PubMed
- Microplastiques dans le lait — PubMed
- Microplastiques dans le sucre — Science of the Total Environment
- EFSA — Avis sur la présence de microplastiques et nanoplastiques dans les denrées alimentaires.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. L’état des connaissances sur les effets sanitaires des microplastiques évolue rapidement.
Vous repartez déjà ?
Si le gigot est au four, voilà ce que je vous aurais servi avec.