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Dans la série « plante sauvage » nous allons poursuivre avec l’ortie. Parfois mal aimée à cause de ses poils urticants, elle est pourtant pleine de ressources, à la fois comestible et traditionnellement utilisée. Il y a mille façons de l’employer, jusque dans le textile — c’est dire si elle est polyvalente.

Tout savoir sur l'ortie : récolte, séchage, cuisine et usages traditionnels

Tout savoir sur l’ortie : récolte, séchage et utilisations

Vous la trouverez sous différents noms: la grande ortie, la petite ortie, l’ortie piquante, l’ortie dioïque, ou encore l’ortie brûlante. Toutes peuvent être utilisées, grandes ou petites. La grande ortie est une plante vivace qui résiste à -20 °C. Une fois qu’elle est installée, il est très difficile de s’en débarrasser — mais quand on connaît ses usages, on souhaite plutôt la garder ! Pour ceux qui ne voudraient pas la planter directement au jardin, elle se cultive aussi en pot.

On trouve l’ortie partout en France, elle aime les terrains azotés. Dans mon jardin je lui laisse un mètre carré dans le potager. Elle a le don de pousser avant que j’installe mes autres légumes, et de fait les pucerons et cochenilles s’y installent, laissant tranquille le reste du potager. Elle favorise la biodiversité.

Les usages de l’ortie, et ce qu’en dit l’Agence européenne

C’est le point que je veux traiter sérieusement, parce qu’on lit à peu près tout sur cette plante — et qu’il existe en réalité un cadre officiel que presque personne ne cite.

L’Agence européenne des médicaments a publié des monographies sur l’ortie, une pour la feuille et la partie aérienne, une pour la racine. Elles définissent précisément ce pour quoi l’ortie peut être utilisée en tant que médicament à base de plantes, avec les doses et les précautions.

Mais il faut comprendre le statut exact de ces monographies, car il est déterminant.

« Usage traditionnel » : ce que cela signifie vraiment

L’Agence distingue deux catégories: l’usage bien établi, fondé sur des données cliniques solides, et l’usage traditionnel, fondé exclusivement sur l’ancienneté de l’emploi.

Pour l’ortie, la colonne « usage bien établi » est vide. Tout relève de l’usage traditionnel. Les commentaires accompagnant la monographie le disent explicitement: les données de la littérature ne soutiennent pas un usage bien établi, seules des études non contrôlées ont été menées.

Autrement dit: l’ortie est reconnue, mais sur la base de son histoire, pas de sa preuve d’efficacité. C’est une nuance capitale, et c’est ce qui distingue un usage traditionnel documenté d’un remède démontré.

Les indications reconnues

Pour la feuille et la partie aérienne, trois indications d’usage traditionnel:

  • Augmenter le volume urinaire pour favoriser le drainage des voies urinaires, en adjuvant de troubles urinaires mineurs.
  • Soulager les douleurs articulaires légères.
  • Pour la partie aérienne, les états séborrhéiques de la peau.

Pour la racine, une seule indication: le soulagement des symptômes urinaires bas liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate — avec une condition explicite dans le texte, après qu’un médecin ait écarté les affections sérieuses.

Vous noterez ce que cette liste ne contient pas: ni arthrose, ni polyarthrite rhumatoïde, ni diabète, ni hypertension, ni psoriasis, ni ostéoporose. Ces affirmations circulent beaucoup, mais elles ne figurent nulle part dans le cadre officiel, et je ne les reprendrai pas.

Les doses de référence

C’est utile, parce que ça donne un ordre de grandeur crédible là où on lit tout et n’importe quoi.

  • Feuilles séchées en infusion: 2 à 4 g par prise, jusqu’à trois fois par jour.
  • Poudre: 380 à 570 mg par prise, jusqu’à trois ou quatre fois par jour.
  • Jus de plante fraîche: 10 à 15 ml par prise, jusqu’à trois fois par jour.
  • Racine en décoction: 1,5 g de plante concassée, trois à quatre fois par jour.

Notez que la dose de racine est bien plus faible que ce qu’on lit couramment. Les recettes qui recommandent 30 à 50 g de racines par litre sont très au-dessus de la référence européenne — je les ai moi-même relayées, et je les corrige.

Deux limites de durée figurent aussi dans le texte: pour les douleurs articulaires, pas plus de quatre semaines; et si les symptômes persistent au-delà d’une semaine, il faut consulter.

Ce qu’elle contient réellement

L’ortie est nutritionnellement intéressante, mais il y a deux nuances importantes que je n’avais pas apportées.

La vitamine C. L’ortie fraîche en est effectivement riche — c’est vrai en jus ou en soupe préparée rapidement. Mais la vitamine C est largement détruite par le séchage et par l’eau bouillante. Une tisane d’ortie séchée n’en apporte pratiquement pas, contrairement à ce qu’on lit souvent.

Le fer. L’ortie séchée en contient des quantités notables sur le papier. Mais il s’agit de fer non héminique, dont l’absorption est bien moindre que celle du fer d’origine animale, et l’ortie contient par ailleurs des oxalates et des polyphénols qui en limitent l’assimilation. À quoi s’ajoute la question des quantités: une cuillère de poudre saupoudrée sur un plat, c’est un ou deux grammes.

Autrement dit, l’ortie n’est pas un traitement de l’anémie, et une carence en fer se diagnostique et se corrige avec un médecin. Cela n’enlève rien à son intérêt: elle apporte du magnésium, du calcium, de la silice, des caroténoïdes et des flavonoïdes dont la quercétine, et elle diversifie agréablement l’alimentation.

Un conseil pratique découlant de tout cela: associez-la à une source de vitamine C — un filet de citron sur votre soupe d’ortie, par exemple — ce qui améliore réellement l’absorption du fer non héminique.

Comment récolter l’ortie ?

Loin de toute source de pollution ! Et évitez aussi les bords de chemins. L’idéal étant d’en cultiver un coin chez soi, on est ainsi certain qu’aucune pollution n’est présente. C’est d’ailleurs une plante facile à reconnaître, qui ne ressemble à aucune plante toxique: on ne prend aucun risque avec elle.

On utilise la plante entière, surtout tiges et feuilles. Mais on peut aussi utiliser les graines et les racines. L’idéal est de la récolter avant la floraison pour la cuisiner, en faire de la poudre ou de la tisane. Une fois l’ortie fleurie, la tige devient plus fibreuse — mais si vous ne prélevez que les feuilles pour les sécher ou en faire des jus, cela ne pose pas de problème. Pour les racines, c’est à l’automne qu’on les récolte. Et pour les graines, il faudra couper les tiges et les battre dans un linge.

L’ortie est piquante, ça ne vous aura pas échappé. Pour la récolte, munissez-vous de gants assez épais: les gants fins, type latex, se laissent transpercer par les poils urticants. J’utilise aussi de bons ciseaux, c’est plus simple et la plante cicatrise mieux. Pour la poudre et la tisane, coupez les têtes que vous ferez sécher. Pour la cuisine, prélevez simplement les feuilles. Une fois sèche, elle perd son côté urticant.

Comme je vous le disais en introduction, il n’est pas rare qu’elle attire cochenilles et pucerons, surtout en début de printemps avant l’arrivée des coccinelles. Il faudra donc nettoyer soigneusement votre récolte: plusieurs bains seront nécessaires, trois à six selon les cas. Dans le premier, je mets un trait de vinaigre blanc pour que les insectes se décollent. Car autant je connais les propriétés de la tisane d’ortie, autant je suis nettement moins au fait des vertus de la tisane de pucerons !

Comment bien sécher l’ortie ?

Comme pour toutes les plantes qu’on sèche pour les conserver, cette étape ne se néglige pas. Un mauvais séchage et la plante va moisir, mal se conserver, voire devenir toxique.

Sécher l'ortie au déshydrateur à 30 °C pour préserver ses composés

Comment bien sécher l’ortie ?

Il faut s’assurer que l’eau s’évapore bien et qu’on préserve les composés de la plante. Comme je vous le disais, il faut bien la laver et retirer les parties abîmées, dès la récolte. On récolte, on lave, et on met à sécher le plus rapidement possible.

Pour sécher, l’idéal est un local chaud, entre 25 et 30 °C, à l’ombre et bien ventilé. En été c’est gérable, en début de printemps beaucoup moins. J’utilise mon déshydrateur réglé à 30 °C pour obtenir ces conditions. Le temps varie selon la plante et la quantité: pour vous donner un ordre d’idée, je la laisse environ cinq heures. C’est sec quand les feuilles sont bien craquantes au toucher.

Sans déshydrateur, vous pouvez faire sécher un plateau au-dessus d’un radiateur ou près d’une cheminée. Attention à la poussière, qui ne doit pas se déposer sur la plante. L’idéal reste un séchoir à plantes réalisé avec des claies en bois brut.

Surtout pas de soleil direct ni de chaleur trop intense, au risque de dégrader les composés de la plante. Ceci vaut pour toutes les plantes que vous souhaitez sécher.

Comment cuisiner l’ortie ?

En soupe, gratin, cake, omelette, quiche, gelée, mais aussi en jus ! C’est assez simple: tout ce que vous pouvez faire avec des feuilles d’épinards, vous pouvez le réaliser avec des feuilles d’ortie.

Pour qu’elle perde son côté urticant, il suffit de l’ébouillanter quelques secondes, ce qui détruit les poils. Vous pouvez aussi la mixer — en pesto par exemple — et elle ne piquera plus. Ensuite, cuisinez-la comme vous voulez.

Les recettes avec des orties

Comment préparer de la poudre d’ortie maison ?

Préparer de la poudre d'ortie maison au moulin après séchage

Comment préparer de la poudre d’ortie maison ?

Une fois la plante bien séchée, passez-la au mixeur, au blender ou au moulin à café pour obtenir une poudre. Conservez-la dans une boîte hermétique, à l’abri de la chaleur et de la lumière. Si votre boîte est opaque, c’est encore mieux.

Vous pourrez ensuite en saupoudrer sur vos plats, l’ajouter à vos sauces de salade ou à une soupe. C’est une façon simple de diversifier son alimentation avec une plante de son jardin, et de retrouver son petit goût végétal toute l’année.

La monographie européenne donne, pour la poudre, des doses de 380 à 570 mg par prise — soit une petite cuillère à café rase, pas davantage.

Comment préparer tisane et décoction ?

Préparer une tisane d'ortie à partir de feuilles et tiges séchées

Comment préparer de la tisane d’ortie ?

Pour la tisane d’ortie, c’est encore plus simple. Conservez les tiges et feuilles séchées, en réduisant les morceaux trop grands avec des ciseaux, dans une boîte hermétique à l’abri de la chaleur et de la lumière.

Pour l’infusion, comptez 2 à 3 cuillerées à café de plante sèche — soit environ 2 à 4 g, ce qui correspond à la dose de référence européenne — dans une tasse d’eau bouillante, à laisser infuser 10 à 15 minutes.

Pour la décoction, on privilégie les racines. On fait bouillir la plante avec l’eau, puis on laisse refroidir avant de filtrer. Tenez-vous-en à des quantités modestes, autour de 1,5 g de racine concassée par prise: c’est la dose de la monographie, et elle est bien inférieure à ce que recommandent beaucoup de recettes qu’on trouve en ligne.

Précautions et contre-indications

Cette section manquait, et elle compte — d’autant que l’ortie est souvent présentée comme totalement inoffensive parce qu’elle pousse au bord des chemins.

Les contre-indications

  • Allergie connue à la plante.
  • Situations où une restriction hydrique est recommandée: insuffisance cardiaque ou rénale sévère. C’est explicitement mentionné dans la monographie européenne, en raison de l’effet sur le volume urinaire.
  • Enfants de moins de 12 ans: l’usage n’est pas recommandé, faute d’expérience documentée.
  • Grossesse et allaitement: sans avis médical, par prudence.

Les interactions à connaître

Les anticoagulants antivitamine K. C’est le point le plus important et le moins connu: l’ortie est riche en vitamine K, et une consommation régulière ou variable peut déséquilibrer un traitement anticoagulant. Si vous êtes concernée, parlez-en à votre médecin avant toute cure.

Les diurétiques et les antihypertenseurs, du fait de l’effet sur le volume urinaire.

Les traitements hypoglycémiants, par prudence.

Les oxalates

L’ortie en contient, ce qui appelle de la modération en cas d’antécédents de calculs rénaux. Bonne nouvelle: la cuisson à l’eau, avec rejet de l’eau de cuisson, en réduit sensiblement la teneur.

Quand consulter plutôt que continuer

La monographie européenne est claire sur ce point, et c’est du bon sens: si des douleurs articulaires s’accompagnent de gonflement, de rougeur ou de fièvre, il faut voir un médecin — ce n’est pas une situation qui relève d’une tisane. Idem si des troubles urinaires s’aggravent, ou en cas de fièvre, de brûlures ou de sang dans les urines.

Et si des symptômes persistent au-delà d’une semaine, ou d’un mois pour les douleurs articulaires, la question n’est plus alimentaire.

Un peu d’histoire

L’ortie accompagne l’humanité depuis très longtemps, comme plante alimentaire, textile et médicinale. Gaulois, Grecs et Romains l’utilisaient déjà, et on lui a prêté au fil des siècles à peu près toutes les vertus imaginables.

La pratique la plus étonnante est l’urtication: on se flagellait les articulations douloureuses avec des orties fraîches. On la retrouve dans plusieurs traditions européennes, et un petit essai randomisé s’y est même intéressé pour la douleur de la base du pouce. C’est du folklore documenté, plus qu’une recommandation.

Dans le même registre, on récoltait les graines d’ortie pour préparer des petits gâteaux censés lutter contre l’énurésie des enfants. C’est charmant, et cela n’a jamais été évalué — je le raconte comme une curiosité, pas comme un conseil.

Je ne parlerai pas ici du fameux purin d’ortie, ou plutôt de l’extrait fermenté d’ortie comme on l’appelle aujourd’hui, mais vous le connaissez sans doute pour ses usages au jardin.

Questions fréquentes

Quels sont les usages reconnus de l’ortie ?

L’Agence européenne des médicaments reconnaît, pour la feuille, trois indications d’usage traditionnel: augmenter le volume urinaire en adjuvant de troubles urinaires mineurs, soulager les douleurs articulaires légères, et les états séborrhéiques de la peau. Pour la racine, une seule: le soulagement des symptômes urinaires liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate, après qu’un médecin ait écarté les affections sérieuses. Important: il s’agit d’usage traditionnel, fondé sur l’ancienneté de l’emploi et non sur des preuves cliniques.

Quelle quantité d’ortie par jour ?

Les doses de référence européennes sont plus modestes qu’on ne le lit souvent: 2 à 4 g de feuilles séchées en infusion, jusqu’à trois fois par jour; 380 à 570 mg de poudre par prise, soit une petite cuillère à café rase; 10 à 15 ml de jus frais; et 1,5 g de racine concassée en décoction. Pour les douleurs articulaires, l’usage ne doit pas dépasser quatre semaines.

L’ortie est-elle vraiment riche en fer ?

Sur le papier oui, mais avec deux nuances. Il s’agit de fer non héminique, moins bien absorbé que le fer d’origine animale, et l’ortie contient des oxalates et des polyphénols qui limitent encore son assimilation. S’y ajoute la question des quantités: une cuillère de poudre représente un à deux grammes. L’ortie n’est donc pas un traitement de l’anémie — une carence en fer se diagnostique et se corrige avec un médecin. Astuce utile: l’associer à une source de vitamine C, un filet de citron par exemple, améliore réellement l’absorption.

Y a-t-il des contre-indications à l’ortie ?

Oui. L’ortie est déconseillée en cas d’allergie connue, et dans les situations où une restriction hydrique est recommandée — insuffisance cardiaque ou rénale sévère. Son usage n’est pas recommandé chez l’enfant de moins de 12 ans. Attention également aux anticoagulants antivitamine K, car l’ortie est riche en vitamine K, ainsi qu’aux diurétiques et antihypertenseurs. Ses oxalates appellent de la modération en cas d’antécédents de calculs rénaux.

Comment bien sécher l’ortie ?

Lavez et triez dès la récolte, puis séchez le plus vite possible dans un local chaud (25 à 30 °C), à l’ombre et bien ventilé. Au déshydrateur réglé à 30 °C, comptez environ cinq heures: c’est sec quand les feuilles sont bien craquantes. Jamais de soleil direct ni de chaleur intense, qui dégradent les composés de la plante. Un mauvais séchage la fait moisir et peut la rendre toxique.

La tisane d’ortie apporte-t-elle de la vitamine C ?

Pratiquement pas. L’ortie fraîche en est effectivement riche, ce qui vaut pour un jus ou une soupe préparée rapidement. Mais la vitamine C est largement détruite par le séchage et par l’eau bouillante. Si c’est la vitamine C qui vous intéresse, préférez l’ortie fraîche en jus ou très rapidement cuisinée.

Le conseil de Karen

Laissez-lui un carré au potager: elle pousse avant tout le monde, elle attire les pucerons loin de vos légumes, et vous avez de quoi faire soupes, poudre et tisanes toute l’année. C’est probablement la plante la plus utile qu’on arrache le plus systématiquement. Et si vous prenez un traitement, vérifiez les interactions avant d’en faire une cure — l’ortie est une plante, pas un aliment neutre.

Sources

  1. Agence européenne des médicaments — Monographie Urtica dioica L.; Urtica urens L., herba
  2. Agence européenne des médicaments — Monographie Urtica dioica L.; Urtica urens L., radix
  3. Randall C. et al., 2000 — Randomized controlled trial of nettle sting for treatment of base-of-thumb pain. Journal of the Royal Society of Medicine, 93(6):305-9.
  4. ESCOP Monographs — Urticae folium/herba, 2e édition.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. L’ortie interagit avec plusieurs traitements: en cas de doute, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

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