Mon premier caddie sans gluten, je m’en souviens encore. Pain de mie, biscuits du matin, pâtes, une pizza surgelée pour le vendredi : tout portait l’épi barré, et j’étais plutôt fière de moi. Il m’a fallu des mois pour retourner les paquets et lire vraiment les listes d’ingrédients. Amidon de maïs, sirop de glucose, émulsifiants, épaississants, arôme. Sans le savoir, j’avais remplacé une baguette à quatre ingrédients par un pain de mie à seize.
C’est le grand paradoxe du sans gluten : on retire un ingrédient pour sa santé, et l’on se retrouve avec un panier plus transformé qu’avant. Les produits sans gluten ultra-transformés remplissent aujourd’hui le rayon, et un petit essai américain publié fin septembre 2026 relance la question de leur place dans notre assiette. Il porte sur 20 personnes seulement : c’est un essai pilote, pas une preuve, et je vous explique plus bas ce qu’il dit vraiment.
Dans cet article, je vous montre comment reconnaître un ultra-transformé, pourquoi le rayon sans gluten en regorge, et ce que cachent trois étiquettes très courantes. Vous pourrez estimer votre propre part d’ultra-transformés grâce à un questionnaire. Et surtout, je vous donne l’ordre des remplacements qui changent le plus de choses pour le moins d’effort.

Sans gluten et ultra-transformés : le même rayon, deux paniers très différents
Sommaire
- Ce que montre l’essai de San Francisco
- Ultra-transformé : la classification NOVA sans jargon
- Pourquoi le rayon sans gluten pousse vers l’ultra-transformé
- Trois étiquettes de produits sans gluten à la loupe
- Estimez votre part d’ultra-transformés
- Les remplacements qui changent le plus pour le moins d’effort
- La proportion compte plus que la pureté
- Questions fréquentes
Ce que montre l’essai de San Francisco
L’étude vient de l’université de Californie à San Francisco. Elle a été publiée le 23 septembre 2026 dans la revue de psychiatrie de l’Association médicale américaine. Les chercheurs ont recruté 20 adultes de 44 ans en moyenne, à 70 % des femmes. Tous avaient un indice de masse corporelle élevé, au moins un trouble métabolique comme l’hypertension, le diabète ou un excès de mauvais cholestérol, et des symptômes dépressifs. Quatorze d’entre eux présentaient à la fois une dépression et une anxiété.
Le protocole est dit « croisé ». Chaque participant a passé quatre semaines avec son alimentation habituelle, puis quatre semaines avec une alimentation pauvre en ultra-transformés. L’ordre était inversé pour la moitié du groupe. Chacun sert ainsi de point de comparaison à lui-même. Pendant la phase sans ultra-transformés, les participants en ont réduit leur consommation de plus de 85 %.
Résultat : une amélioration modérée à forte sur trois mesures distinctes de la dépression, et une amélioration modeste de l’anxiété. Les auteurs avancent une piste pour l’expliquer : une alimentation moins transformée abîmerait moins la paroi intestinale et entretiendrait moins l’inflammation chronique. Ils qualifient eux-mêmes leurs résultats de préliminaires et annoncent un essai plus large à partir de 2028.
Vingt participants, c’est un essai pilote. Il sert à vérifier qu’une piste mérite une vraie étude, pas à conclure. Les participants savaient ce qu’ils mangeaient, la durée était courte, et d’autres choses ont pu changer en même temps que l’assiette. Réduire les ultra-transformés n’est pas un traitement de la dépression. Ne modifiez jamais un traitement ni un suivi psychologique en fonction de votre alimentation. Si vous traversez une période difficile, votre médecin traitant reste le bon premier interlocuteur.
Cet essai s’ajoute à un ensemble plus large. En 2024, une grande synthèse publiée dans le British Medical Journal a rassemblé des dizaines de méta-analyses. Elle associait une consommation élevée d’ultra-transformés à de nombreux problèmes de santé, dont les troubles anxieux et dépressifs courants. Ce sont, là encore, des associations. J’ai détaillé les autres travaux, notamment sur l’appétit et le poids, dans mon article sur les aliments ultra-transformés.
Ultra-transformé : la classification NOVA sans jargon
Le mot « ultra-transformé » vient d’une classification créée par une équipe de chercheurs brésiliens de l’université de São Paulo, menée par l’épidémiologiste Carlos Monteiro. On l’appelle NOVA. Elle ne regarde ni les calories ni les nutriments. Elle classe les aliments selon ce que l’on a fait subir aux ingrédients, et dans quel but.
| Groupe | Ce que c’est | Exemples sans gluten |
|---|---|---|
| 1. Bruts ou peu transformés | Aliments tels qu’ils sortent de la nature, lavés, découpés, séchés, congelés ou moulus | Légumes, fruits, viande, poisson, œufs, riz, sarrasin, quinoa, lentilles sèches, flocons d’avoine purs, farine de riz, légumes surgelés nature |
| 2. Ingrédients culinaires | Produits tirés du groupe 1 pour cuisiner | Huile d’olive, beurre, sel, sucre, miel, vinaigre |
| 3. Aliments transformés | Aliments du groupe 1 auxquels on ajoute des ingrédients du groupe 2 : sel, sucre, huile | Pois chiches en bocal au naturel, sardines à l’huile, fruits au sirop, fromage, pain d’un artisan à quatre ingrédients |
| 4. Ultra-transformés | Formulations industrielles à base de substances extraites ou modifiées, avec des additifs qui servent l’aspect, la texture ou le goût | Pain de mie sans gluten, biscuits, céréales du petit-déjeuner, plats préparés, sodas, charcuteries, steaks végétaux du commerce |
D’après la classification décrite par Monteiro et ses collègues en 2019.
Ce qui fait basculer un produit dans le groupe 4, ce sont deux familles d’ingrédients. D’abord, les substances que vous n’utilisez jamais en cuisine : sirop de glucose, dextrose, amidon modifié, isolat de protéines, huile hydrogénée. Ensuite, les additifs dits « cosmétiques », qui servent à l’apparence et à la texture : arômes, colorants, émulsifiants, épaississants, édulcorants.
Deux idées reçues à écarter
- Ultra-transformé ne veut pas dire industriel. Des légumes surgelés nature, des flocons de sarrasin ou un bocal de lentilles au naturel sortent d’une usine, et ils restent dans les groupes 1 ou 3. Ce sont même de très bons alliés pour cuisiner vite.
- Le score nutritionnel coloré des emballages ne mesure pas la transformation. Il note la composition : sucre, sel, graisses, fibres. Une céréale du petit-déjeuner peut obtenir une bonne note et rester ultra-transformée. Les deux informations se complètent.
Mon test pour le rayon tient en une phrase : si la liste contient un ingrédient que vous n’avez jamais vu dans une cuisine, vous tenez probablement un ultra-transformé. Sirop de glucose, amidon modifié, dextrose, arôme, émulsifiant : ces mots suffisent à vous renseigner.
Pourquoi le rayon sans gluten pousse vers l’ultra-transformé
Pour comprendre, il faut savoir ce que fait le gluten. Dans une pâte à pain, il forme un réseau élastique qui retient les gaz de la fermentation. C’est lui qui donne la mie souple, le moelleux et la tenue. Le retirer, c’est retirer la charpente du pain.
Pour la reconstruire à grande échelle, l’industrie assemble des briques. Des amidons et de la fécule pour le volume. De la farine de riz très raffinée pour la neutralité. Des épaississants comme la gomme de xanthane ou l’hydroxypropylméthylcellulose pour imiter l’élasticité. Des émulsifiants pour la mie. Du sucre ou du dextrose pour la couleur et le moelleux. Des matières grasses pour le fondant. Et des conservateurs, parce qu’un pain sans gluten rassit vite. Si les mots farine, fécule et amidon vous semblent interchangeables, je vous explique leurs différences. Par construction, la plupart de ces produits sont ultra-transformés.
Le marché a suivi. Un dossier de la presse spécialisée de l’industrie agroalimentaire, publié le 14 septembre 2026, donne un chiffre parlant pour le Royaume-Uni : environ 80 références sans gluten dans les quatre grandes chaînes de supermarchés il y a dix ans, environ 400 aujourd’hui. Le même dossier pointe des farines très raffinées, peu de fibres, un index glycémique élevé, et des sucres et matières grasses ajoutés pour compenser le goût et la texture. Au Canada, une analyse de plus de 17 000 produits emballés a montré que ceux qui portaient une mention sans gluten étaient en moyenne plus caloriques et plus chers.
La suite est logique. Un diagnostic de maladie cœliaque arrive, et la baguette du boulanger, qui appartient au groupe 3, cède la place au pain de mie sans gluten, qui appartient au groupe 4. Les pâtes classiques sont remplacées par des pâtes au mélange de farines et d’émulsifiant. Le panier devient plus transformé qu’avant, pas moins. C’est aussi pour cela que le sans gluten ne fait pas maigrir par magie, comme je l’explique dans mon article sur le régime sans gluten et le poids.
Une précision pour les personnes cœliaques : l’éviction stricte du gluten n’est pas négociable. La question n’est jamais de le réintroduire, mais de choisir comment on l’applique.
Trois étiquettes de produits sans gluten à la loupe
Les trois listes ci-dessous sont des compositions types, reconstituées à partir des produits les plus courants du rayon. Elles ne décrivent aucun produit précis, mais vous les reconnaîtrez sans peine. J’ai mis en gras les ingrédients qui signent l’ultra-transformé.

Pain sans gluten : lire l’étiquette en trente secondes
Le pain de mie sans gluten
Ingrédients : amidon de maïs, eau, farine de riz, huile de colza, fibres végétales (bambou), sirop de glucose, protéines de pois, levure, épaississants : hydroxypropylméthylcellulose, gomme de xanthane, dextrose, sel, émulsifiant : mono- et diglycérides d’acides gras, conservateur : sorbate de potassium, acidifiant : acide citrique, arôme.
Seize ingrédients, dont une dizaine que vous ne trouverez dans aucune cuisine. Le premier de la liste est un amidon, pas une farine : le pain est surtout fait d’amidon raffiné, ce qui explique sa faible teneur en fibres malgré l’ajout de fibres isolées. Le sirop de glucose et le dextrose donnent la couleur dorée, l’émulsifiant la mie régulière, le conservateur la longue durée en rayon. Pour comparer : un pain d’artisan classique, c’est farine, eau, sel et levure. Mon pain au psyllium en compte sept.
La brioche sans gluten
Ingrédients : amidon de maïs, sucre, œufs, huile de tournesol, farine de riz, sirop de glucose, graisse végétale (palme), fibres végétales, levure, épaississants : hydroxypropylméthylcellulose, gomme de guar, émulsifiants : mono- et diglycérides d’acides gras, stéaroyl-2-lactylate de sodium, dextrose, sel, arômes, conservateur : sorbate de potassium, colorant : bêta-carotène.
Ici, le sucre arrive en deuxième position, et on en compte trois formes : sucre, sirop de glucose et dextrose. Les matières grasses sont doublées, avec une graisse de palme pour le fondant. Le colorant imite la couleur que donneraient du beurre et beaucoup d’œufs. Une brioche reste une gourmandise, maison ou pas. Mais la version maison, comme ma brioche sans gluten ni lait à la machine à pain, n’a besoin d’aucun de ces artifices.
Le plat préparé sans lactose
Émincé de poulet à la crème végétale et riz. Ingrédients : riz cuit (eau, riz), eau, filet de poulet (18 %), préparation végétale (eau, huile de coco, amidon modifié, émulsifiant : lécithine de tournesol), champignons, oignons, amidon modifié de maïs, sirop de glucose, arômes, extrait de levure, sel, épaississant : gomme de xanthane, dextrose, épices, colorant : caramel ordinaire.
Le poulet ne pèse que 18 % du plat. La crème a été remplacée par une émulsion d’huile de coco et d’amidon modifié : c’est ce qui rend le plat sans lactose. L’amidon modifié revient deux fois pour épaissir la sauce, et les arômes et l’extrait de levure remplacent le goût qu’aurait apporté une vraie cuisson. Sans lactose ne veut pas dire peu transformé.
Ce que ces trois étiquettes ont en commun ? Une base d’amidons raffinés, des sucres ajoutés là où l’on ne les attend pas, et une batterie d’additifs pour imiter ce que le gluten, le beurre ou la cuisson apportaient naturellement. Et un point rassurant : ce sont exactement les trois produits les plus faciles à remplacer.
Estimez votre part d’ultra-transformés
Avant de passer aux solutions, faites le point. Ce questionnaire de treize questions estime la part de vos calories qui vient d’aliments ultra-transformés, et vous indique les trois postes qui pèsent le plus chez vous. C’est une estimation à partir de portions moyennes, pas un bilan nutritionnel. Rien n’est enregistré.
Questionnaire
Quelle part d'ultra-transformés dans votre assiette ?
Pensez à une semaine habituelle, en comptant aussi ce que vous mangez à l'extérieur. À la fin, vous obtenez une estimation de la part de vos calories qui vient d'aliments ultra-transformés, et les trois postes à remplacer en priorité.
Estimation à partir de portions et de calories moyennes, inspirée de la classification NOVA des aliments selon leur degré de transformation. Ce n'est ni un bilan nutritionnel ni un outil médical. Pour toute situation particulière, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien.
Pour vous situer : chez les adultes français, environ 31 % des calories viennent d’ultra-transformés, selon une étude menée sur un échantillon représentatif. Si votre résultat est au-dessus, pas de panique. C’est fréquent quand on mange sans gluten, et la suite de l’article est faite pour vous.
Les remplacements qui changent le plus pour le moins d’effort
La règle est simple : commencez par ce que vous mangez tous les jours. Un pain de mie consommé deux fois par jour pèse bien plus lourd sur la semaine qu’un paquet de chips le samedi. Dans une cuisine sans gluten, trois postes concentrent presque toujours l’essentiel : le pain, le petit-déjeuner et les plats préparés.

Sortir des ultra-transformés sans gluten : par où commencer
| Ordre | Poste | Pourquoi il pèse | Remplacement | Effort |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Pain | Une à trois fois par jour | Pain maison au psyllium, pain d’artisan à liste courte, galettes de sarrasin | Deux fournées par semaine, à congeler |
| 2 | Petit-déjeuner | Tous les matins | Porridge, granola maison, pain maison et purée d’oléagineux | Vingt minutes le dimanche |
| 3 | Plats préparés | Gros volume par portion | Cuisine d’avance et assemblages express | Une heure le dimanche |
| 4 | Biscuits et collations | Plusieurs fois par semaine | Fruits, oléagineux, biscuits ou crackers maison | Faible |
| 5 | Boissons sucrées | Souvent sans y penser | Eau, infusions froides, kéfir de fruits | Faible |
| 6 | Sauces et bouillons | Petites quantités, très souvent | Vinaigrette et bouillon maison | Faible |
| 7 | Desserts aromatisés | Un pot par jour, vite | Yaourt nature et fruit | Très faible |
Le pain, le poste numéro un
C’est le changement qui m’a le plus coûté au début, et celui qui m’a le plus rapporté. Un pain maison sans gluten demande surtout de l’organisation : une heure de travail effectif par semaine, temps de levée compris, pour deux pains que je tranche et congèle. Le matin, les tranches passent directement du congélateur au grille-pain.
- Pour comprendre avant de vous lancer, mon guide pour réussir son pain sans gluten explique le rôle de chaque farine, de l’hydratation et de la cuisson.
- Pour une première fournée, le pain au psyllium donne une mie souple et une croûte dorée. Le psyllium est l’enveloppe d’une graine, riche en fibres : il remplace l’élasticité du gluten sans le moindre additif.
- Pour les sandwichs et les repas rapides, mon pain pita au psyllium se cuit à la poêle en quelques minutes.
- Pour varier, mes recettes de pains sans gluten réunissent mes versions préférées, du sarrasin au pois chiche. Et si vous avez une machine à pain, elle fait le travail à votre place avec mes pains à la machine.
Pas le temps de faire votre pain ? Deux solutions intermédiaires. Demandez la liste des ingrédients à un artisan qui fait du sans gluten : certains travaillent avec des farines complètes et une liste courte. Ou passez aux galettes et aux blinis au sarrasin, prêts en dix minutes. Pour composer vos mélanges, mon calculateur de farines sans gluten donne les pesées exactes.
Le petit-déjeuner, le poste numéro deux
Céréales soufflées, biscuits du matin, brioches emballées : c’est souvent là que se concentrent les sucres ajoutés de la journée. Le petit-déjeuner revient tous les jours, donc le moindre changement compte sept fois par semaine.
- Le porridge : 40 g de flocons de sarrasin ou d’avoine certifiée sans gluten, une boisson végétale nature, un fruit. Mon porridge d’automne est prêt en cinq minutes.
- Le granola maison : vingt minutes le dimanche pour un bocal qui tient la semaine. Ma version granola maison sans gluten est peu sucrée et très croustillante.
- Le bircher, préparé la veille : mon bircher poire et noisette attend dans le réfrigérateur.
- Le pain maison, toasté, avec une purée d’amande ou de noisette et un fruit.
Pour choisir vos flocons et vos grains, j’ai passé en revue les céréales sans gluten pour le petit-déjeuner, et j’explique dans un autre article pourquoi privilégier les céréales complètes sans gluten.
Les plats préparés, le poste numéro trois
Un plat préparé pèse lourd : c’est un repas entier d’un coup. Le remplacer ne demande pas de cuisiner tous les soirs. Il suffit d’avoir des éléments prêts à assembler. Mon dimanche ressemble à ceci : une casserole de légumineuses, une céréale complète, une viande ou un poisson au four. Avec des légumes surgelés nature, qui ne sont pas ultra-transformés, le dîner de la semaine se monte en dix minutes.
- Des lentilles en salade, qui se gardent trois jours au réfrigérateur.
- Un effiloché de porc qui cuit tout seul et se décline en trois repas.
- Une quiche au thon sans pâte, la réponse maison à la quiche du rayon traiteur.
Si vous manquez d’idées, mes idées de repas sans gluten pour une semaine d’octobre sont construites sur ce principe. Et gardez en tête que les bocaux de légumineuses au naturel, rincés, sont des aliments transformés, pas ultra-transformés : ils dépannent sans faire monter votre part.
Ensuite, le reste vient presque seul
- Collations : un fruit et une poignée d’oléagineux, ou mes crackers sans gluten maison. Mes collations sans gluten vous donnent d’autres idées.
- Boissons : de l’eau, des infusions froides, ou un kéfir de fruits maison pour les bulles.
- Sauces et bouillons : une vinaigrette se prépare en une minute, et un bouillon de légumes maison se congèle en portions.
- Desserts : un yaourt nature, végétal ou sans lactose, avec un fruit. Vous pouvez même faire vos yaourts.
La proportion compte plus que la pureté
Je vais être directe : je n’ai pas zéro ultra-transformé dans mes placards. Il y a un paquet de pâtes sans gluten pour les soirs de rentrée tardive, et parfois une pizza surgelée quand la semaine a été trop longue. Un produit tout prêt reste parfois la solution pratique d’un soir, et il n’y a aucune raison de culpabiliser.
Ce qui compte, c’est la proportion sur la semaine. Il n’existe pas de seuil officiel. En 2017, le Haut Conseil de la santé publique a proposé de réduire de 20 % la consommation d’ultra-transformés en France. Passer sous la moyenne française, autour de 31 % des calories, est déjà un très bon cap.
Ma méthode : un seul changement par semaine, pas plus.
- Semaine 1 : le pain. Une fournée maison, tranchée et congelée.
- Semaine 2 : le petit-déjeuner. Un bocal de granola ou des flocons pour le porridge.
- Semaine 3 : les plats préparés. Une heure de cuisine le dimanche.
- Semaine 4 : les collations et les boissons.
Refaites le questionnaire au bout d’un mois. La différence est souvent spectaculaire, parce que les trois premiers postes pèsent à eux seuls la majorité de la part d’ultra-transformés.
Un dernier rappel pour les personnes cœliaques : la sécurité passe avant tout. Un produit certifié sans gluten vaut toujours mieux qu’une préparation maison faite dans une cuisine où le risque de contamination n’est pas maîtrisé. Mon article sur la contamination croisée au gluten vous aide à sécuriser votre cuisine, et ma liste des aliments naturellement sans gluten vous rappelle tout ce qui ne demande aucune transformation.
Questions fréquentes sur les produits sans gluten ultra-transformés
Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?
C’est un produit industriel fabriqué à partir de substances extraites ou modifiées, comme les amidons, le sirop de glucose ou les isolats de protéines, et d’additifs qui servent l’aspect, la texture ou le goût : arômes, émulsifiants, épaississants, colorants, édulcorants. La définition vient de la classification NOVA, qui range les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation. Les ultra-transformés forment le quatrième groupe. On les reconnaît à leur liste d’ingrédients, qui contient des produits qu’on n’utilise jamais en cuisine.
Les produits sans gluten sont-ils tous ultra-transformés ?
Non. Le riz, le sarrasin, le quinoa, le millet, les flocons purs, les farines simples, les pâtes faites d’un seul ingrédient et les légumineuses sont sans gluten et peu transformés. Ce sont surtout les produits qui imitent un aliment au blé qui basculent dans l’ultra-transformé : pain de mie, brioches, biscuits, gâteaux, pâtes à tarte et plats préparés. Pour remplacer le gluten, ils ont besoin d’amidons raffinés, d’épaississants, d’émulsifiants et souvent de sucres ajoutés.
Le pain sans gluten du commerce est-il mauvais pour la santé ?
Ce n’est pas un poison, et il dépanne. Mais il est le plus souvent ultra-transformé, pauvre en fibres et fait d’une base d’amidon raffiné. Le problème vient de sa fréquence : consommé une à trois fois par jour, il devient le premier poste d’ultra-transformés de la semaine. Le remplacer par un pain maison, au psyllium par exemple, ou par le pain d’un artisan à la liste courte, est le changement qui fait le plus de différence.
Manger moins d’ultra-transformés soigne-t-il la dépression ?
Non, rien ne permet de l’affirmer. L’essai publié en septembre 2026 par l’université de Californie à San Francisco portait sur 20 participants seulement : c’est un essai pilote, dont les auteurs qualifient eux-mêmes les résultats de préliminaires. Une alimentation moins transformée peut faire partie d’une hygiène de vie favorable, mais elle ne remplace aucun traitement. Ne modifiez jamais un traitement ni un suivi psychologique en fonction de votre alimentation, et parlez-en à votre médecin.
Comment reconnaître un ultra-transformé sur une étiquette ?
Lisez la liste des ingrédients, pas l’avant du paquet. Si vous y trouvez un ingrédient que vous n’avez jamais vu dans une cuisine, c’est très probablement un ultra-transformé. Les mots qui reviennent le plus sont sirop de glucose, dextrose, amidon modifié, isolat ou protéines de pois, arôme, émulsifiant, épaississant, colorant et édulcorant. Une liste longue n’est pas un critère à elle seule, mais elle va souvent de pair.
La gomme de xanthane rend-elle mon pain maison ultra-transformé ?
Pas au sens où l’entend la classification. Un pain fait chez vous avec des farines, de l’eau, de la levure, du sel et une pincée de gomme reste très loin d’une formulation industrielle à base d’amidons, de sirop et d’émulsifiants. Si vous préférez vous en passer, le psyllium joue le même rôle de liant : c’est l’enveloppe d’une graine, riche en fibres, et il donne une très belle mie.
Les légumes surgelés et les conserves sont-ils ultra-transformés ?
Non, tant qu’ils sont nature. Des légumes surgelés sans sauce restent dans le premier groupe, celui des aliments bruts ou peu transformés. Des pois chiches en bocal au naturel ou des sardines à l’huile appartiennent au troisième groupe, celui des aliments transformés. Ils deviennent ultra-transformés quand on y ajoute une sauce industrielle, des arômes ou des épaississants : lisez la liste pour vérifier.
Le score nutritionnel coloré des emballages suffit-il pour éviter les ultra-transformés ?
Non, parce qu’il ne mesure pas la même chose. Ce score évalue la composition : sucres, sel, graisses saturées, fibres, protéines. La classification NOVA évalue la transformation. Un produit peut donc obtenir une bonne note tout en étant ultra-transformé, par exemple certaines céréales du petit-déjeuner. Utilisez les deux informations ensemble.
Quelle part d’ultra-transformés viser ?
Il n’existe pas de seuil officiel. En France, environ 31 % des calories des adultes viennent d’ultra-transformés, et le Haut Conseil de la santé publique a proposé en 2017 de réduire cette consommation de 20 %. Passer sous la moyenne française est déjà un bon objectif. L’enjeu est la proportion sur la semaine, pas la perfection : un plat tout prêt de temps en temps ne change rien à l’ensemble.
Le sans gluten n’est pas le problème. Le rayon qui l’accompagne, si. Il a été construit pour imiter le blé, et l’imitation passe presque toujours par l’ultra-transformation. La bonne nouvelle, c’est que trois postes suffisent à inverser la tendance : le pain, le petit-déjeuner et les plats préparés. Commencez par le premier, gardez vos dépannages sans culpabilité, et refaites le questionnaire dans un mois.
Quant à l’essai de San Francisco, il ouvre une piste intéressante sur le lien entre l’assiette et le moral, sans rien démontrer encore. Je vous en reparlerai quand l’essai plus large, attendu à partir de 2028, livrera ses résultats.
Dites-moi en commentaire quel résultat vous avez obtenu au questionnaire, et quel poste vous comptez attaquer en premier. Pour recevoir mes prochains articles, inscrivez-vous à ma newsletter : en cadeau, je vous offre mon livret de 7 jours de menus sans gluten ni produits laitiers, cuisinés à partir de produits bruts.
Sources
- Chagwedera N., Krystal A. et al., essai pilote croisé sur la réduction des aliments ultra-transformés, JAMA Psychiatry, 23 septembre 2026 : doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2026.2320
- Communiqué de l’université relayé le 1er octobre 2026 : Could quitting ultra-processed food boost your mental health?
- Dossier sur le marché européen du sans gluten, 14 septembre 2026 : Inside Europe’s gluten-free boom
- Monteiro C. A. et al., Ultra-processed foods: what they are and how to identify them, Public Health Nutrition, 2019 : doi.org/10.1017/S1368980018003762
- Calixto Andrade G. et al., consommation d’aliments ultra-transformés dans un échantillon représentatif d’adultes français, 2021 : Santé publique France
- Vergeer L. et al., The level of processing, nutritional composition and prices of Canadian packaged foods and beverages with and without gluten-free claims, Nutrients, 2021 : doi.org/10.3390/nu13041183
- Lane M. M. et al., Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes: umbrella review of epidemiological meta-analyses, British Medical Journal, 2024 : doi.org/10.1136/bmj-2023-077310