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On choisit son origine. On compare les torréfactions. On règle la mouture au cran près et la température au degré. Et on verse là-dessus une eau dont on ne sait rien.

Près de 98 % de votre tasse, c’est de l’eau. Et cette eau n’est pas le support neutre du café : c’est le solvant. C’est elle qui va chercher les arômes dans la mouture, et sa composition minérale détermine lesquels elle rapporte.

Bonne nouvelle : vous n’avez aucun appareil à acheter pour savoir où vous en êtes. Le chiffre qui compte est déjà écrit sur votre facture d’eau.

Quelle eau choisir pour un bon café ?

Quelle eau choisir pour un bon café ?

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Votre eau, en deux minutes et sans rien acheter

Une seule ligne vous intéresse, et elle est déjà écrite quelque part chez vous. Deux endroits où la trouver, gratuitement :

  • La synthèse annuelle jointe à votre facture d’eau. Elle est obligatoire. Elle est probablement dans un tiroir.
  • Le portail du ministère de la Santé : résultats du contrôle sanitaire, commune par commune. On clique sur sa région, son département, sa commune. C’est officiel et c’est gratuit.

La ligne à repérer s’appelle dureté totale (TH) et s’exprime en degrés français (°f). La cible du café se situe entre 5 et 17 °f. Or de larges régions calcaires — Île-de-France, Nord, Est, Sud-Est, bassins sédimentaires en général — distribuent une eau entre 25 et 40 °f. C’est là que se joue la partie.

Et cherchez bien votre commune, pas votre région : chez moi, la moyenne du département tourne autour de 29 °f, et mon robinet est à 17,7. D’une commune à l’autre, ce n’est pas la même eau et ce n’est pas le même café.

Votre bulletin indique peut-être aussi le TAC, c’est-à-dire l’alcalinité. Regardez-le s’il y est, mais ne le cherchez pas : dans les eaux françaises, TH et TAC montent et descendent largement ensemble. Piloter à la dureté seule suffit pour décider.

Et si vous ne voulez rien chercher du tout

Votre logement vous répond déjà :

  • Votre bouilloire s’entartre en quelques semaines, avec un dépôt blanc au fond ? Vous êtes au-dessus de 25 °f, aucun doute.
  • Des traces blanches sur la robinetterie et la paroi de douche ? Même verdict.
  • Le savon mousse mal, la lessive demande plus de produit ? Eau dure.
  • Rien de tout cela, et une bouilloire encore propre après deux ans ? Eau douce, et probablement une très bonne eau de café.
Votre dureté Traduction café Ce qu’il faut faire
Moins de 8 °f Eau douce, bas de la fourchette et parfois en dessous. Déchlorer, et c’est tout. Si la tasse paraît creuse, un léger apport de magnésium peut aider.
8 à 17 °f Dans la cible. Votre eau est déjà une bonne eau de café. Déchlorer sans déminéraliser. Un filtre par gravité fait exactement ça.
17 à 25 °f Au-dessus de la cible. L’acidité commence à s’éteindre. Déchlorer, et réduire la minéralité : osmose avec reminéralisation.
Plus de 25 °f Très au-delà. Tasse plate, et machine qui s’entartre. Retirer, puis remettre : osmose et reminéralisation.

Une eau à 18 °f n’est pas subitement mauvaise : ces tranches servent à décider, pas à classer.

Déchlorez d’abord. C’est gratuit et c’est non négociable.

Le chlore ne se contente pas de sentir la piscine. Il réagit avec les composés phénoliques du café et forme des chlorophénols, perceptibles à des doses infimes, avec ce goût médicinal caractéristique. C’est la seule ligne absolue du référentiel professionnel, et la plus facile à obtenir.

Le dégazage, gratuit. Une carafe non fermée, à température ambiante, deux à trois heures. Le chlore libre s’échappe d’autant plus vite que l’eau est aérée et tiède : un transvasement énergique d’un récipient à l’autre accélère nettement les choses. Le réfrigérateur, lui, ralentit le dégazage et masque surtout le goût. Si vous passez par le frigo, comptez une nuit, dans un récipient simplement couvert d’un linge.

La limite, c’est la chloramine. Elle ne s’évapore pas. En France, la plupart des réseaux chlorent au chlore libre, mais le chlore combiné existe. Pour savoir dans quel cas vous êtes, faites la soustraction sur votre bulletin : chlore total − chlore libre = chlore combiné. S’il y en a, il vous faut du charbon actif.

Faites ça avant tout le reste. Ce seul geste transforme un café, et il ne coûte rien.

Quelle eau choisir pour un bon café ?

Quelle eau choisir pour un bon café ?

Eau douce à moyenne : déchlorer sans déminéraliser

En dessous de 17 °f, votre minéralité est dans la plage et votre seul vrai problème est le chlore. Il vous faut donc un système qui retire le chlore sans toucher aux minéraux.

C’est exactement ce que fait un filtre à eau par gravité : une fontaine à deux cuves, l’eau descend à travers des cartouches de céramique et de charbon actif. Le charbon retient le chlore et la chloramine. Et comme il n’y a pas de résine échangeuse d’ions, le calcium et le magnésium passent. Résultat : une eau déchlorée, encore minéralisée. Vos arômes ont conservé leur véhicule.

C’est d’ailleurs pour la même raison que c’est le meilleur outil pour mes lactofermentations.

👉 Mon comparatif des filtres à eau par gravité

Sa limite est réelle : un filtre par gravité ne réduit ni la dureté ni l’alcalinité. Si votre eau affiche 35 °f, il vous rendra une eau à 35 °f, toujours aussi alcaline, simplement sans chlore. C’est déjà beaucoup — et ça ne protège pas votre machine du tartre. Vous verrez plus bas que je l’ai vérifié au testeur chez moi : entre l’entrée et la sortie de ma fontaine, la minéralité ne bouge pas d’un cheveu.

Eau dure : il faut retirer, puis remettre

Au-delà de 25 °f, aucun charbon actif ne vous sauvera : le problème n’est pas ce qu’il y a en plus des minéraux, ce sont les minéraux eux-mêmes. La seule voie est de déminéraliser puis de reminéraliser, c’est-à-dire de reconstruire l’eau.

L’outil, à la maison : un osmoseur équipé d’une cartouche de reminéralisation. La membrane retire tout — dureté, alcalinité, chlore et le reste. Puis la cartouche réintroduit du calcium et du magnésium en sortie.

C’est ce que fait le LANGWATER TheWell 2, que j’utilise chez moi : membrane d’osmose inverse certifiée NSF/ANSI 58, puis reminéralisation en fin de cycle. Sans travaux, sans plomberie.

Et là, une précision que je peux documenter, parce que je l’ai mesurée moi-même.

Sur la plupart des osmoseurs, la reminéralisation est fixe : la cartouche resservit du calcium et du magnésium à un niveau décidé par le fabricant, pensé pour rendre l’eau agréable à boire, pas pour viser la cible du café. Sur ces appareils-là, je ne pourrais pas vous garantir que vous tombez dans la fourchette, et je ne le ferais pas.

Le TheWell 2 fait exception : sa reminéralisation se règle, directement dans l’application, sur trois paliers, du plus doux au plus minéralisé. J’ai vérifié à l’instrument, en sortie, que le palier affiché correspondait à ce qui coule vraiment dans la tasse. Il correspond. Sur le palier le plus doux, on tombe pile dans la cible café ; les deux autres montent vers une eau plus ronde, plus proche d’une eau de boisson classique. C’est la première fois que je peux écrire ça d’un osmoseur grand public : non seulement il reminéralise, mais il laisse choisir le niveau — et ce niveau, je l’ai contrôlé, pas lu sur une fiche produit.

Une réserve, pour rester honnête : le palier le plus doux tombe au milieu de la fourchette café, pas en bas. C’est parfait pour un espresso ou un filtre équilibré. Mais si vous cherchez une eau vraiment douce, pour un filtre très clair et très fruité, vous ne pourrez pas y descendre directement : il faudra couper la sortie avec un peu d’eau osmosée. Pour l’immense majorité des usages café, en revanche, ce réglage tombe exactement là où il faut.

👉 Mon comparatif des osmoseurs

Pourquoi ça marche : les minéraux transportent les arômes

C’est ici que le sujet devient fascinant, et c’est le contraire de l’intuition. On croit que l’eau pure est la meilleure eau. Pour le café, c’est faux.

Les composés aromatiques du café ne sortent pas de la mouture tout seuls : ils ont besoin d’être attrapés. Ce sont les ions minéraux qui font ce travail. Le calcium et le magnésium, chargés positivement, se lient aux molécules du café chargées négativement — acides organiques, polyphénols, composés aromatiques — et les entraînent dans l’eau.

  • Le magnésium est le plus efficace des deux. Les travaux de Hendon et ses collègues (2014) montrent qu’il extrait davantage, et notamment les composés qui donnent la vivacité, les notes hautes, le fruité.
  • Le calcium extrait un peu moins, mais différemment : il est plutôt associé au corps, à la rondeur, à la sensation de sucrosité.

Ce partage est une simplification de travail, très répandue chez les baristas ; la réalité chimique est plus continue, mais elle va dans le bon sens. Sans ces ions, les molécules restent dans le marc.

Une eau sans minéraux n’extrait pas. Elle traverse.

Dureté et alcalinité : la confusion que personne ne dissipe

C’est le point que les amateurs ratent, et il explique presque tous les cafés décevants. Ce sont deux choses différentes, et elles jouent en sens opposé.

  • La dureté (calcium + magnésium) : votre alliée. Elle extrait les arômes.
  • L’alcalinité (les bicarbonates, le TAC de votre bulletin, le KH en aquariophilie) : votre adversaire. C’est la capacité de l’eau à neutraliser les acides.

Or la vivacité d’un bon café, ce sont précisément ses acides : l’acidité malique d’un éthiopien, l’acidité citrique d’un kenyan. Une eau très alcaline les tamponne, les éteint, les efface. Le résultat n’est ni mauvais ni amer : simplement terne, plat, sans relief.

Ce que vous voulez : de la dureté, et peu d’alcalinité.

Et voilà le problème français : une eau de région calcaire est à la fois très dure et très alcaline. Elle dépasse la cible sur les deux tableaux à la fois. C’est pour ça que tant de cafés sont fades sans qu’on comprenne pourquoi : on a payé le grain, on a réglé la mouture, et l’eau a effacé le travail.

Les chiffres du référentiel professionnel

Paramètre Cible Plage acceptable
Chlore total 0 mg/L
Dureté totale (TH) 7 °f 5 à 17 °f
Alcalinité (TAC) 4 °f jusqu’à 7 °f

D’après le standard SCAA « Water for Brewing Specialty Coffee » (révision du 21 novembre 2009) et les guides SCA plus récents, qui ont élargi les fourchettes. Le standard fixe aussi un pH proche de 7 et un sodium autour de 10 mg/L, deux paramètres sur lesquels vous n’avez de toute façon pas la main. Les praticiens ne s’accordent pas tous entre eux : prenez ces chiffres comme une boussole.

Filtre ou espresso : ce n’est pas la même eau

  • Café filtre : une eau plutôt douce laisse s’exprimer la vivacité et les notes fruitées. On peut viser le bas de la fourchette.
  • Espresso : un peu plus de minéralité soutient le corps et la crema. Mais votre machine, elle, déteste le calcaire : au-delà d’environ 15 °f, l’entartrage s’accélère sérieusement.

Le référentiel est un compromis entre le goût du café et la survie de la machine. Ne l’oubliez pas quand vous lirez qu’il faudrait « plus de minéraux ». Plus de minéraux, c’est aussi plus de tartre.

Dix eaux du commerce passées à la cible café

Une étiquette de bouteille donne du calcium, du magnésium et des bicarbonates en milligrammes par litre. Votre facture d’eau, elle, donne une dureté en degrés français. Résultat : personne ne sait vraiment où se situe la bouteille qu’il achète par rapport à ce que demande un café. J’ai fait le calcul, pour dix eaux qu’on trouve dans n’importe quel rayon.

Le calcul lui-même tient en deux lignes, et vous pouvez le refaire sur n’importe quelle bouteille :

  • Dureté (°f) = calcium ÷ 4 + magnésium ÷ 2,4
  • Alcalinité (°f) = bicarbonates ÷ 12,2

Et la cible, rappelons-la : 5 à 17 °f de dureté, 7 °f d’alcalinité au maximum.

Eau Minéralité totale (mg/L) Ca (mg/L) Mg (mg/L) HCO₃ (mg/L) Dureté Alcalinité Verdict café
Mont Roucous 30 2,6 0,4 6,3 0,8 °f 0,5 °f Trop plate
Volvic 130 12 8 74 6,3 °f 6,1 °f Dans la cible
Wattwiller 155 3 11 135 5,3 °f 11,1 °f Dureté bonne, alcalinité trop haute
Thonon n.c. 92 16 340 29,5 °f 27,9 °f Trop dure
Evian 345 80 26 360 30,7 °f 29,5 °f Trop dure
Saint-Amand 859 176 46 312 62,8 °f 25,6 °f Trop dure
Vittel Grande Source 1 084 240 42 384 77,2 °f 31,5 °f Très loin de la cible
Contrex 2 078 468 74,5 372 147 °f 30,5 °f Hors sujet
Courmayeur 2 146 557 68 180 167 °f 14,8 °f Hors sujet
Hépar 2 513 549 119 384 186 °f 31,5 °f Hors sujet

Teneurs relevées sur les étiquettes et les fiches des embouteilleurs (Nestlé Waters, juin 2024 ; fiche officielle Thonon). Ce sont des compositions moyennes : elles peuvent bouger à la marge d’un lot à l’autre. La minéralité totale est le résidu sec à 180 °C, que Thonon ne publie pas.

Ce que ce tableau raconte

Une seule eau tombe dans la cible sur les deux paramètres : la Volvic. 6,3 °f de dureté, 6,1 °f d’alcalinité. Et un détail qui m’a fait sourire : plus de la moitié de sa dureté vient du magnésium, précisément l’ion que les travaux de Hendon désignent comme le meilleur extracteur. Sa réputation chez les baristas n’est pas une légende de forum, elle est dans les chiffres.

La Wattwiller est le cas d’école de tout ce qui précède. Sa dureté est parfaite : 5,3 °f, dans la plage. Mais son alcalinité monte à 11,1 °f, bien au-dessus du plafond. Une eau peut donc être douce et tampon. C’est exactement la confusion dont je parlais plus haut, et voir les deux colonnes côte à côte la règle en une seconde.

Evian et Thonon sont les vraies surprises. Ce sont des eaux vendues comme légères, et elles le sont : on les recommande pour les biberons. Mais pour un café, elles sont autour de 30 °f — soit près du double du plafond de la plage. « Faiblement minéralisée » répond à une question de nutrition, pas à une question d’extraction. Ce n’est pas le même métier.

Les eaux dites santé sont ailleurs. Contrex, Courmayeur, Hépar : entre 147 et 186 °f de dureté. Ce sont d’excellentes eaux de boisson, et personne ne devrait faire couler un espresso à travers. Ni, d’ailleurs, en remplir une bouilloire.

Et à l’autre bout, la Mont Roucous. 0,8 °f. Presque rien à quoi s’accrocher : c’est l’illustration de ce que je disais des eaux sans minéraux. Elle ne va pas chercher grand-chose dans la mouture.

Sur dix eaux du rayon, une seule est une eau de café.

Diluer une eau trop dure : c’est l’alcalinité qui commande

Ces chiffres corrigent une intuition trompeuse. Quand on allonge une eau avec de l’eau osmosée, la dureté et l’alcalinité descendent ensemble, exactement dans la même proportion. Or l’alcalinité a le plafond le plus bas des deux. C’est donc elle qui décide du rapport, et la dureté suit toute seule.

Prenez une eau du type Evian ou Thonon, autour de 30 °f sur les deux paramètres :

  • Un volume pour quatre volumes d’eau osmosée : la dureté tombe autour de 6 °f, l’alcalinité autour de 6 °f. Les deux dans la cible.
  • Un volume pour un, en revanche, laisse l’alcalinité à 15 °f. La dureté paraît correcte, et l’acidité du café reste éteinte.

Retenez ce rapport, parce qu’il sert ailleurs : c’est le même calcul qui permet d’affiner la sortie d’un osmoseur reminéralisé, quand on veut descendre sous le palier le plus doux. Et il explique pourquoi tant de dilutions maison déçoivent : on allonge trop peu, parce qu’on ne surveille que le calcaire.

Cristaline et les eaux de source : lisez le nom de la source

Vous ne trouverez pas la Cristaline dans mon tableau, et ce n’est pas un oubli. Cristaline est une marque posée sur une vingtaine de sources différentes : la bouteille change avec la région où vous l’achetez. Il n’existe donc pas une composition Cristaline, et l’écart entre les sources est considérable, d’une eau presque déminéralisée à une eau franchement chargée.

Le nom de la source est imprimé sur l’étiquette, juste sous la mention « eau de source ». Repérez-le, prenez les trois chiffres du tableau d’analyse, appliquez les deux formules du début. Trente secondes, et vous savez. Le même raisonnement vaut pour les eaux de source de marque distributeur.

Et les eaux gazeuses ?

Question fréquente, réponse courte : non. Le gaz carbonique n’a rien à faire dans une extraction, et les eaux naturellement pétillantes françaises sont en général très bicarbonatées — c’est même souvent leur argument de vente. Sur le seul paramètre qui nous intéresse ici, elles partent avec un handicap qu’aucun réglage de mouture ne rattrape.

L’eau reconstruite, pour les obsessionnels

C’est la voie des puristes : on part d’une eau totalement déminéralisée, une page blanche, et on y ajoute exactement les minéraux voulus. Il existe des sachets formulés pour le café, dosés à la cible SCA ; on peut aussi le faire soi-même, avec du sulfate de magnésium et une pointe de bicarbonate. Je la mentionne parce qu’elle fonctionne remarquablement, pas parce que je vous la recommande.

Et un mot sur l’écologie, parce qu’il faut bien le dire : faire venir des packs d’eau pour son café du matin est un non-sens, économique autant qu’environnemental. Le tableau ci-dessus sert surtout à comprendre ce qui se joue et à dépanner. Pour tous les jours, traitez votre eau du robinet.

Si vous voulez mesurer vous-même (c’est facultatif)

Tout ce qui précède se décide avec votre bulletin d’analyse. Mais si vous aimez les chiffres, ou si vous voulez contrôler ce que sort votre traitement, deux instruments à quelques euros font le travail.

Le testeur TDS. Je répète régulièrement, sur ce site, qu’il ne dit rien de la sécurité sanitaire d’une eau : il mesure une conductivité, donc des minéraux, et il ne voit ni les pesticides, ni les PFAS, ni les trihalométhanes. C’est exactement pour ça qu’il est pertinent ici, où ce sont précisément les minéraux qui nous intéressent. Deux limites : il mesure une conductivité globale et ne distingue donc pas la dureté de l’alcalinité, et il affiche une estimation, avec des écarts sensibles d’un modèle à l’autre. Sa vraie utilité n’est pas de découvrir votre eau — le bulletin le fait mieux et gratuitement — mais de vérifier la sortie de votre traitement : ce que délivre réellement votre cartouche de reminéralisation.

Les gouttes GH / KH. Ce sont les tests d’aquariophilie, et ils séparent les deux paramètres que le testeur TDS confond : GH pour la dureté générale, votre calcium et votre magnésium ; KH pour la dureté carbonatée, votre alcalinité. Quelques euros, trente secondes, et vous savez enfin ce qui compose votre minéralité.

Il n’y a pas de bon ou de mauvais instrument : il y a des instruments posés sur la bonne question, ou sur la mauvaise. Un testeur TDS est ridicule face à un PFAS et pertinent face à un espresso.

Ce que ça donne chez moi

Puisque je vous demande vos chiffres, voici les miens. Mon bulletin annonce 17,7 °f de dureté, un chlore libre à 0,28 mg/L et une conductivité de 455 µS/cm. Je suis donc posée tout en haut de la plage café — et très en dessous de la moyenne de mon département, qui tourne autour de 29 °f.

Et voici ce que dit le testeur, même appareil, même journée, mêmes conditions. Ces six valeurs se comparent entre elles, et c’est exactement ce qu’on leur demande.

Eau mesurée TDS (ppm)
Mon robinet (Val-d’Oise, 95) 259
Sortie du filtre par gravité 250
Sortie de membrane, sans reminéralisation 33
Osmose + reminéralisation, palier 1 167
Osmose + reminéralisation, palier 2 288
Osmose + reminéralisation, palier 3 355
Relevés au testeur TDS comparant l'eau du robinet, la sortie d'osmose inverse et la sortie d'osmose avec reminéralisation

Le même testeur sur trois eaux : mon robinet, la sortie de membrane sans reminéralisation, et la sortie reminéralisée.

Le filtre par gravité est invisible sur le testeur. 250 contre 254 : l’écart tient dans l’imprécision de l’appareil. C’est la démonstration en une ligne de ce que j’expliquais plus haut — le charbon actif retire le chlore et laisse passer les minéraux. Pour une eau déjà dans la plage, c’est précisément la qualité qu’on lui demande. Chez moi, il fait très bien son travail sur le chlore : mon réseau est au chlore libre, la carafe ouverte suffirait d’ailleurs. Mais il me laisse à 17,7 °f, tout en haut de la fourchette. C’est exactement là qu’un café perd sa vivacité sans qu’on sache dire pourquoi.

La membrane, elle, fait le vide. 33 ppm : il ne reste presque rien, l’appareil retire l’essentiel de ce que le testeur voit. C’est la page blanche dont je parlais, une eau qui traverserait la mouture sans presque rien en rapporter. Ce n’est pas une eau finie, c’est une matière première.

Et la reminéralisation ne se contente pas de « remettre un peu ». Le palier 1 rend une eau nettement plus légère que mon robinet, un tiers en dessous. Mais le palier 2 le dépasse déjà, et le palier 3 le dépasse franchement. Les deux paliers hauts ne reconstituent donc pas l’eau de départ : ils fabriquent une eau plus minéralisée que celle qui entre dans l’appareil. C’est cohérent avec ce qu’ils visent — une eau de boisson ronde, agréable en carafe — et c’est aussi la raison pour laquelle je reste sur le palier 1 pour le café.

Et un contrôle qui vaut le détour. Mon bulletin donne 455 µS/cm de conductivité, mon testeur affiche 254 sur la même eau : le rapport entre les deux tourne autour de 0,56, ce qui est le facteur de conversion habituel de ces appareils. Si vous voulez savoir ce que vaut le vôtre, faites cette comparaison une fois. S’il tombe loin du compte, c’est lui qui a tort, pas votre bulletin.

Une limite, pour rester rigoureuse : ces six valeurs se comparent entre elles, pas avec les étiquettes du tableau plus haut. Un testeur TDS lit une conductivité et l’exprime en équivalent ; ce n’est pas la mesure qu’on obtient en évaporant un litre d’eau. Et il ne sépare toujours pas la dureté de l’alcalinité : pour ça, il faut les gouttes GH/KH.

👉 Tester son eau : ce qui sert, ce qui ne sert à rien

👉 Quels filtres choisir selon son usage, faites le test !

Ce qu’il faut retenir

  1. Chlore : zéro. Une carafe ouverte, deux heures à température ambiante. Gratuit, et c’est ce qui change le plus.
  2. Vous connaissez déjà votre eau. La dureté est sur la synthèse jointe à votre facture, ou sur le portail du ministère de la Santé — et cherchez votre commune, pas votre région.
  3. La cible café : entre 5 et 17 °f. Au-delà de 25 °f, votre eau écrase votre café.
  4. Le calcium et le magnésium transportent les arômes. Une eau sans minéraux n’extrait pas : elle traverse.
  5. En bouteille, une seule eau du rayon tient la cible sur les deux tableaux : la Volvic, à 6,3 °f de dureté et 6,1 °f d’alcalinité. Evian et Thonon, pourtant vendues comme légères, sont autour de 30 °f.
  6. Eau douce à moyenne : un filtre par gravité suffit, il déchlore sans déminéraliser. Eau dure : il faut retirer puis remettre, par osmose et reminéralisation.
  7. Dureté ≠ alcalinité. La première extrait, la seconde éteint l’acidité.

Et surtout : commencez par ce qui est gratuit. On peut passer beaucoup de temps à optimiser une eau, mais entre une eau chlorée et une eau déchlorée, l’écart de goût est plus grand qu’entre une eau à 8 °f et une eau à 12 °f.

👉 Tester son eau : ce qui sert, ce qui ne sert à rien
👉 Quelle eau boire ? Mon dossier complet
👉 Le chlore et vos ferments : le vrai et le faux

Sources

  • Specialty Coffee Association of America — Water for Brewing Specialty Coffee, standard révisé le 21 novembre 2009
  • Specialty Coffee Association of Europe — Water Chart Report
  • Hendon C. H., Colonna-Dashwood L., Colonna-Dashwood M. — The Role of Dissolved Cations in Coffee Extraction, Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2014
  • Nestlé Waters — Tableau des teneurs en minéraux des principales eaux minérales naturelles sur le marché français, données relevées sur les étiquettes, juin 2024
  • Eaux minérales Thonon — fiche de minéralisation moyenne du producteur
  • Ministère chargé de la Santé — résultats du contrôle sanitaire de l’eau du robinet, par commune (base SISE-Eaux)

Votre tour

Allez chercher la dureté de votre eau — sur la synthèse jointe à votre facture, ou sur le portail du ministère — et donnez-moi votre chiffre en commentaire, avec votre département. Je parie qu’une bonne partie d’entre vous est au-delà de 25 °f. Et si vous avez un testeur TDS, dites-moi aussi ce qu’il affiche : chez moi c’est 17,7 °f au bulletin et 254 ppm au testeur, on comparera.

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