C’est une question qui revient cycliquement, à l’heure des bonnes résolutions ou quand le printemps pointe le bout de son nez. Mais est-ce si anodin que ça, de vouloir perdre ses fameux trois kilos ?
Avant même de vous demander comment, demandez-vous si. Avez-vous vraiment besoin de maigrir, ou est-ce l’image qu’on vous renvoie ? Vous êtes peut-être mal dans votre peau, et c’est réel — mais le poids y est-il pour quelque chose ?
Je reçois régulièrement des messages me demandant « comment maigrir », et parfois des remarques de gens qui trouvent mes recettes « trop grasses ». Alors voici ma position, argumentée, et vous en ferez ce que vous voulez.

Ce que vous allez trouver ici
Ce que vaut vraiment l’IMC
L’indice de masse corporelle est le premier réflexe de tout le monde, et il mérite d’être remis à sa place.
C’est un indicateur de population, pas un verdict individuel. Il a été conçu pour comparer des groupes, pas pour dire à une personne si elle va bien. Il ne distingue pas la masse musculaire de la masse grasse, il ne dit rien de la répartition, rien de la condition physique, rien de la santé métabolique.
Et sa plage dite « normale » est très large: à taille égale, elle couvre une amplitude de plusieurs dizaines de kilos. Autrement dit, deux personnes en parfaite santé peuvent avoir des silhouettes très différentes tout en étant l’une et l’autre dans les clous. Beaucoup de femmes situées dans le haut de cette plage se trouvent « des kilos en trop » alors qu’elles n’ont, médicalement, aucune raison de s’inquiéter.
Les spécialistes eux-mêmes considèrent aujourd’hui l’IMC comme un outil insuffisant pour évaluer les risques liés au surpoids. Il n’est pas inutile, il est simplement très partiel. Si la question vous préoccupe réellement, c’est un médecin qui doit y répondre, avec autre chose qu’une formule.
Est-ce que ça marche, les régimes ?
Ce n’est pas moi qui vais répondre, c’est l’agence sanitaire française.
En novembre 2010, l’ANSES a publié un rapport d’expertise collective analysant quinze régimes amaigrissants parmi les plus populaires. Sa conclusion, réaffirmée dans son avis rendu après consultation publique: la pratique de régimes à visée amaigrissante n’est pas un acte anodin et nécessite un suivi personnalisé par un professionnel de santé.
Le rapport souligne que la recherche d’une perte de poids sans indication médicale comporte des risques, particulièrement chez les populations sensibles: adolescentes, femmes enceintes, personnes âgées. Il note aussi que la solution diététique aggrave souvent le problème pondéral qu’elle prétend résoudre.
Ce rapport a maintenant quinze ans, et je n’ai pas l’impression qu’il ait fait beaucoup de bruit. Il est pourtant toujours d’actualité, et il est en accès libre — le lien figure en bas de cet article.
Posons la question autrement, d’ailleurs: si les régimes fonctionnaient si bien, tout le monde serait mince. Depuis des décennies, les injonctions se succèdent, les méthodes se vendent, et la prévalence de l’obésité n’a pas reculé.
L’engrenage du yoyo
Vous connaissez tous quelqu’un qui vous a dit: « j’ai perdu 10 kilos, j’en ai repris 15 ». Puis recommencé. Puis recommencé encore.
C’est le mécanisme le mieux documenté de toute cette affaire, et ce n’est pas une question de volonté. Une restriction importante entraîne des adaptations physiologiques — de la faim, une vigilance accrue à la nourriture, un ralentissement métabolique — qui rendent la reprise très probable, et souvent au-delà du point de départ.
D’où un conseil qui a l’air paradoxal et qui ne l’est pas: si votre poids est stable depuis plusieurs années et que vous allez bien, ne changez rien. La stabilité pondérale est en elle-même un facteur favorable, et l’entamer par une restriction volontaire est souvent le début de l’engrenage.
Le piège du light et de l’allégé
Le light, l’allégé, les édulcorants: on essaie de berner l’organisme avec du faux, et il réclame généralement du vrai derrière.
Ma position là-dessus n’a pas changé: mieux vaut se régaler avec un peu moins de vrai que se remplir de substituts. Un yaourt entier plutôt que deux allégés. Un bon jus de fruits de temps en temps plutôt que du soda light à volonté. C’est plus satisfaisant, et c’est plus honnête vis-à-vis de son propre appétit.
Si vous fréquentez ce blog, je prêche probablement des convaincus.
Le regard de la société
C’est le passage qui me tient le plus à cœur, et je ne l’ai pas changé d’un mot depuis que je l’ai écrit.
La société est cruelle avec les personnes en surpoids et les personnes obèses. On imagine naïvement des gens « faibles », incapables de se retenir. Et beaucoup de professionnels de santé sont mal formés sur le sujet, proposant des régimes intenables et manquant singulièrement d’empathie.
Rien n’est si simple. On ne grossit pas par hasard, et quand une cause médicale a été écartée, il reste souvent autre chose: de la souffrance, de la solitude, un passage de vie difficile, une cassure. Il y a bien sûr des bons vivants, et ceux-là se reconnaissent, mais je ne crois pas qu’ils soient la majorité.
Si l’on voyait davantage les personnes obèses comme des personnes en souffrance, un peu d’empathie ferait plus de bien que les regards moqueurs et les jugements.
Cette discrimination est mesurée, pas seulement ressentie: elle se retrouve à l’embauche, dans les salaires, dans l’accès aux soins. On nous abreuve d’images de corps filiformes, et le problème s’aggrave.
Et si l’on est réellement concerné ?
Là, la réponse change: l’obésité relève d’une prise en charge médicale, et c’est précisément parce qu’elle relève d’un accompagnement qu’un régime entrepris seul dans son coin est la pire option — c’est l’engrenage du yoyo assuré.
Une prise en charge sérieuse est globale: elle est médicale, nutritionnelle et psychologique à la fois, et elle part des habitudes réelles de la personne plutôt que d’un programme standard.
Quelques repères de bon sens, en attendant.
Fuyez les méthodes fantaisistes. Si l’on vous propose de manger trois ananas par semaine — je caricature à peine, je l’ai déjà vu — changez d’interlocuteur.
La première chose à faire est de bouger. Le rapport de l’ANSES insiste d’ailleurs sur ce point: tout changement d’habitudes alimentaires doit s’accompagner d’une activité physique régulière. Marcher une demi-heure par jour produit déjà des effets ressentis. Allez à votre rythme, selon vos envies, sans objectifs irréalistes.
Cherchez un accompagnement psychologique si vous en sentez le besoin. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est souvent ce qui débloque le reste — apprendre à gérer ses émotions autrement que par la nourriture n’est pas une mince affaire.
Et surtout: apprenez à vous aimer comme vous êtes, pas « quand vous aurez perdu 5 ou 10 kilos ». Ce conditionnel-là est une prison, et il se referme aussi bien sur ceux qui perdent du poids que sur les autres.
Ma position, en résumé
Je suis contre les régimes fantaisistes. Je pense qu’il faut trouver son propre rythme, comprendre ses propres besoins, ne pas se priver de plaisir, et ne tomber ni dans un excès ni dans l’autre.
La cuisine saine, c’est tout cela pour moi: du bon sens avant tout, l’écoute de soi et de ses ressentis, et la recherche d’un équilibre qui tienne dans la durée.
C’est aussi la raison pour laquelle vous ne trouverez jamais sur ce blog de promesse d’amaigrissement, quelle que soit la recette ou le sujet abordé. Ce n’est pas une omission, c’est un choix.
Questions fréquentes
Les régimes amaigrissants sont-ils efficaces ?
L’ANSES a publié en 2010 un rapport d’expertise collective analysant quinze régimes populaires. Sa conclusion, réaffirmée après consultation publique: la pratique de régimes à visée amaigrissante n’est pas un acte anodin et nécessite un suivi personnalisé par un professionnel de santé. Le rapport souligne que la recherche d’une perte de poids sans indication médicale comporte des risques, en particulier chez les adolescentes, les femmes enceintes et les personnes âgées, et que la solution diététique aggrave souvent le problème pondéral.
Faut-il se fier à son IMC ?
L’IMC est un indicateur de population, pas un verdict individuel. Il ne distingue pas la masse musculaire de la masse grasse, ne dit rien de la répartition, de la condition physique ni de la santé métabolique. Sa plage dite « normale » est par ailleurs très large, si bien que deux personnes en bonne santé peuvent avoir des silhouettes très différentes. Il n’est pas inutile, mais il est très partiel: si la question vous préoccupe, elle se discute avec un médecin.
Pourquoi reprend-on le poids perdu ?
Ce n’est pas une question de volonté. Une restriction importante entraîne des adaptations physiologiques — faim accrue, vigilance à la nourriture, ralentissement métabolique — qui rendent la reprise très probable, souvent au-delà du point de départ. C’est le phénomène du yoyo, et il est bien documenté. C’est pourquoi un poids stable, même légèrement au-dessus de ce qu’on souhaiterait, vaut souvent mieux qu’une succession de pertes et de reprises.
Que faire quand l’obésité est réellement en jeu ?
L’obésité relève d’une prise en charge médicale globale: médicale, nutritionnelle et psychologique à la fois, construite à partir des habitudes réelles de la personne. Entreprendre un régime seul dans son coin est la pire option, car c’est l’entrée dans l’engrenage du yoyo. En premier lieu, l’activité physique régulière — même une marche quotidienne — produit des effets ressentis, et l’ANSES insiste sur son rôle en accompagnement de tout changement alimentaire.
Les produits allégés aident-ils à perdre du poids ?
Mon expérience et ma conviction vont dans l’autre sens: on essaie de berner l’organisme avec du faux, et il réclame généralement du vrai derrière. Mieux vaut se régaler avec un peu moins de vrai que se remplir de substituts — un yaourt entier plutôt que deux allégés. C’est plus satisfaisant, et c’est plus honnête vis-à-vis de son propre appétit.
Le conseil de Karen
Si votre poids est stable et que vous allez bien, ne changez rien. Si quelque chose vous préoccupe réellement, parlez-en à un médecin plutôt qu’à Internet. Et si c’est votre rapport à la nourriture qui pèse plus que les kilos, un diététicien ou un psychologue formé à ces questions vous aidera bien davantage qu’une méthode de plus.
Sources
- ANSES, novembre 2010 – Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement, rapport d’expertise collective, saisine n° 2009-SA-0099.
- ANSES – Avis rendu après consultation publique sur les régimes amaigrissants.
Cet article reflète une position personnelle, argumentée à partir de sources publiques. Il ne remplace pas un avis médical. Si votre rapport à l’alimentation ou à votre corps vous fait souffrir, un professionnel de santé est la bonne personne vers qui vous tourner.
Je rajoute FYI que beaucoup de médicaments font grossir : pilules contraceptives, cortisone, antidépresseurs, neuroleptiques, anticonvulsivants…
Par expérience personnelle et par ce que j’ai entendu de mon entourage, la plupart des médecins minimisent l’impact des médocs sur le poids et renvoient au patient son manque de volonté. C’est gravepour ceux qui se disent « professionnels de santé » !
Je cite ma généraliste : « On ne se méfie jamais assez des effets secondaires des médicaments ! ».
Pour ma part, je prends un médoc pour soigner une maladie chronique dont l’effet secondaire est de couper l’appétit.
Cette dictature anti-gros est mauvaise aussi pour les maigres.
Le poids en général (gros ou maigre) est vu comme une caractéristique controllable par la seule volonté, alors que c’est une affaire multifactorielle.
Cette dictature du poids est un facteur important de troubles alimentaires en général.
@Giulia: j’ai lu aussi récemment que les pesticides sont mis en cause dans l’obésité.
Un article toujours bien d’actualité, malheureusement nous sommes dans une société grossophobe et ça ne s’arrange pas! J’ai moi-même souffert de troubles du comportement alimentaire pendant une vingtaine d’année à cause de cette dictature de la minceur et la guérison n’est pas venue toute seule, il a fallut beaucoup de temps et d’aide. Merci pour ces pensées très pertinentes.