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La courgette lactofermentée a une réputation de légume qui ramollit, et elle est méritée quand on ignore deux choses. La première tient à un détail que les fabricants de cornichons connaissent depuis toujours : l’extrémité florale du fruit, à l’opposé du pédoncule, concentre des enzymes qui dégradent la pectine. Laissée en place, elle attendrit progressivement tout le bocal. Un centimètre coupé règle la question. La seconde tient aux tanins : une feuille de laurier, de vigne ou de cerisier inhibe ces mêmes enzymes et maintient le croquant plusieurs semaines. Ces courgettes lactofermentées sont sans gluten, sans produit laitier et végétales, sans cuisson ni stérilisation. La courgette étant un légume dense qui ne rend pas assez d’eau, elle se fermente en saumure préparée à part, à 3 % de sel, un peu plus que la carotte. Comptez vingt minutes de travail et une semaine d’attente. Si vous débutez, ma méthode complète de lactofermentation reprend les bases communes à tous les légumes.

Pourquoi cette recette fonctionne

  • L’extrémité florale est retirée : elle porte des enzymes pectinolytiques qui ramollissent la chair au fil des jours. C’est la première cause de courgettes molles, et le geste le plus efficace de toute la recette.
  • Les tanins protègent la texture : une feuille de laurier, de vigne ou de cerisier inhibe ces enzymes. C’est le secret des cornichons qui craquent encore après six mois.
  • Le sel à 3 % freine la fermentation : un demi-point de plus que la carotte, parce que la courgette est plus tendre au départ et ramollit plus vite en milieu acide.
  • La saumure préparée à part garantit le dosage : la courgette ne libère pas assez de jus pour se couvrir elle-même, contrairement au chou. On pèse l’eau et le sel, et on sait exactement où l’on en est.

Quoi ajouter pour garder le croquant

Le principe est le même que pour les cornichons. Les tanins bloquent les enzymes qui dégradent la pectine des parois cellulaires, et une seule feuille suffit pour un bocal.

Ajout Quantité par litre Goût apporté Efficacité
Feuille de laurier 1 à 2 feuilles Discret, herbacé Bonne, et toujours sous la main
Feuille de vigne 1 feuille Neutre Excellente, la plus classique
Feuille de cerisier ou de chêne 1 à 2 feuilles Neutre Excellente
Feuille de raifort 1 feuille Légèrement piquant La plus efficace
Thé noir 1/2 cuillère à café de feuilles Perceptible, tannique Bonne, mais colore la saumure

Deux précisions utiles. Ces feuilles doivent être non traitées et lavées, mais surtout pas ébouillantées, ce qui détruirait les bactéries lactiques qu’elles portent elles aussi. Et si vous n’avez rien de tout cela sous la main, ce n’est pas rédhibitoire : le retrait de l’extrémité florale reste le geste le plus déterminant, les tanins n’arrivant qu’en second. Un troisième facteur entre en jeu, souvent ignoré : les minéraux de votre eau. Le calcium consolide la pectine des parois cellulaires, si bien qu’une eau dure favorise le croquant, là où une eau adoucie ou osmosée le dessert. J’ai détaillé ce mécanisme dans mon article sur le chlore et la lactofermentation, où le vrai coupable des bocaux ratés se révèle être ailleurs qu’on ne le croit. Une dernière chose sur le calibre : choisissez des courgettes jeunes et fermes, de 15 à 20 cm au maximum. Les grosses de fin de saison sont gorgées d’eau, leur cœur est spongieux, et elles se déliteront quoi que vous fassiez.

Recette de courgettes lactofermentées

  • Recette sans gluten
  • Recette sans lactose
  • Recette vegan

Courgettes lactofermentées en bâtonnets dans un bocal, sous la saumure

Courgettes lactofermentées en bocal

Lactofermentation

Pour 1 bocal de 1 litre
Temps de préparation :
Temps de fermentation : 7 jours à température ambiante
Temps total :

Ingrédients

  • 600 g de courgettes jeunes et fermes, 15 à 20 cm
  • 400 ml d’eau
  • 30 g de sel non raffiné, sans additif ni iode (3 % du poids total)
  • 1 feuille de laurier, de vigne ou de cerisier non traitée
  • 2 gousses d’ail écrasées (facultatif)
  • 1 cuillère à café de graines de coriandre ou d’aneth (facultatif)
  • 1 bocal de 1 litre à joint de caoutchouc, un poids en verre

Le sel se calcule sur le poids total, courgettes et eau confondues, soit 1 kg ici. Trois pour cent, et non deux et demi comme pour la carotte : la courgette est plus tendre au départ et le sel supplémentaire ralentit la fermentation, ce qui préserve la texture. Mon calculateur de sel pour la lactofermentation fait le calcul pour vous quel que soit le format de bocal. Utilisez un sel non raffiné sans anti-agglomérant ni iode, et une eau minéralisée plutôt qu’une eau adoucie, dont le calcium participe au croquant.

  1. Préparez la saumure
    Dissolvez les 30 g de sel dans les 400 ml d’eau, en remuant jusqu’à disparition complète des cristaux. L’eau tiède accélère la dissolution, mais laissez-la revenir à température ambiante avant usage. Réservez.
  2. Coupez l’extrémité florale
    Lavez les courgettes sans les éplucher et repérez les deux extrémités : celle du pédoncule, avec sa tige, et celle de la fleur, à l’opposé, souvent marquée d’un petit point brun. Coupez un bon centimètre du côté de la fleur, sans hésiter sur l’épaisseur. C’est là que se concentrent les enzymes qui ramollissent.
  3. Taillez en bâtonnets
    Coupez les courgettes en bâtonnets d’environ 1,5 cm de section et de la hauteur du bocal moins 3 cm. Cette forme se cale verticalement et se maintient mieux sous la saumure que des rondelles, qui flottent et remontent. Écartez le cœur spongieux si vos courgettes sont un peu grosses.
  4. Tassez dans le bocal
    Déposez l’ail, les épices et la feuille tannique au fond du bocal propre, puis rangez les bâtonnets debout, serrés les uns contre les autres. Tassez fermement : plus les courgettes sont contraintes, moins elles remonteront. Laissez 3 cm de vide sous le bord.
  5. Couvrez de saumure et lestez
    Versez la saumure jusqu’à recouvrir les courgettes de 2 cm. Posez un poids en verre par-dessus. Tout doit être sous la saumure, absolument tout : c’est la seule règle qui décide de la réussite. Passez la lame d’un couteau le long de la paroi pour libérer les bulles d’air.
  6. Laissez fermenter à l’abri de la lumière
    Fermez le bocal et posez-le dans une assiette creuse, à 18-22 °C. Des bulles apparaissent dès le deuxième jour et la saumure se trouble en devenant laiteuse : c’est exactement ce qu’on attend. Le bocal peut déborder les premiers jours, d’où l’assiette.
  7. Goûtez au bout de 5 jours
    Prélevez un bâtonnet avec une fourchette propre. La courgette devient progressivement plus acide. Cinq à sept jours suffisent largement, bien moins que pour la carotte : au-delà, la texture se dégrade sans que le goût gagne grand-chose.
  8. Transférez au froid
    Dès que le goût vous convient, placez le bocal au réfrigérateur. Le froid ralentit fortement la fermentation et stabilise la texture. Gardez toujours les courgettes sous la saumure et prélevez avec un ustensile propre.

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Le conseil de Karen

Le retrait de l’extrémité florale est le geste que je répète le plus sur cette recette, et pourtant presque aucune version en ligne ne le mentionne. Cette partie du fruit concentre des enzymes qui dégradent la pectine, c’est-à-dire le ciment qui maintient les cellules entre elles, et elles continuent leur travail pendant toute la fermentation. Un bocal entier peut ramollir à cause d’un seul bout de courgette mal paré. Coupez un centimètre franc du côté opposé au pédoncule, sans chercher à économiser. Une chose à savoir distinguer ensuite : un voile blanchâtre, plat et mat à la surface de la saumure est une levure de fleur, inoffensive, que l’on retire à la cuillère. Des taches duveteuses, en relief, vertes, noires ou roses sont en revanche des moisissures, et le bocal se jette entier. Ces courgettes lactofermentées se conservent 4 mois au réfrigérateur, moins longtemps que la carotte ou le chou. Un point d’honnêteté nutritionnelle enfin : à 3 % de sel, une portion de 50 g apporte environ 1,2 g de sel, et un rinçage rapide en retire une bonne part.

Valeurs nutritionnelles indicatives pour 100 g de courgettes lactofermentées

Par 100 g, égouttées

Énergie ~18 kcal
Glucides ~2,8 g
Dont sucres ~1,8 g
Protéines ~1,2 g
Lipides ~0,3 g
Fibres ~1,1 g
Sodium ~0,90 g

Soit environ 9 kcal par portion de 50 g, la quantité réelle d’un condiment. Le sodium est le point à surveiller : 0,90 g correspond à environ 2,2 g de sel pour 100 g, soit 1,2 g pour une portion. Un rinçage rapide sous l’eau froide avant de servir en retire environ un tiers, sans altérer le goût. Les sucres de la courgette diminuent légèrement au fil de la fermentation, les bactéries les transformant en acide lactique.

Pourquoi les courgettes ramollissent en bocal

C’est le seul vrai défaut de cette fermentation, et il a trois causes qu’on peut toutes traiter.

La première est enzymatique, et c’est la principale. Les cucurbitacées portent, à l’extrémité florale de leur fruit, des enzymes appelées polygalacturonases qui dégradent la pectine. Cette pectine est le ciment qui maintient les cellules entre elles : une fois attaquée, la chair perd sa fermeté. Ces enzymes restent actives en milieu acide et travaillent pendant toute la fermentation. Un centimètre coupé les élimine presque entièrement.

La deuxième tient à la maturité du légume. Une courgette de fin de saison, grosse et gorgée d’eau, possède un cœur spongieux et des parois cellulaires déjà affaiblies. Elle ne redeviendra jamais ferme. Préférez des fruits jeunes, de quinze à vingt centimètres, à peau brillante et tendue.

La troisième est la durée. L’acidification progressive finit toujours par attendrir les fibres, et la courgette y est plus sensible que la carotte ou le chou. Cinq à sept jours suffisent, après quoi le froid stabilise la texture.

Deux facteurs interviennent en complément des trois précédents. Une feuille de laurier, de vigne ou de raifort inhibe les enzymes résiduelles et prolonge le croquant de plusieurs semaines : c’est un vieux truc de fabricant de cornichons, et il fonctionne aussi bien ici.

Le second est votre eau, et il surprend. Le calcium qu’elle contient se fixe sur la pectine et forme des ponts entre les chaînes, ce qui renforce mécaniquement les parois cellulaires. Une eau dure, au-dessus de 15 degrés français, joue donc en faveur du croquant. Une eau adoucie ou osmosée, dont on a précisément retiré ce calcium, le dessert. C’est exactement le mécanisme inverse de celui qui s’applique aux légumineuses, où une eau calcaire empêche les pois chiches de s’attendrir : même minéral, même réaction sur les pectines, mais un effet recherché dans un cas et subi dans l’autre. Le détail figure dans mon article sur l’eau et la lactofermentation.

Astuces et variantes pour les courgettes lactofermentées

Mes idées pour varier ces bocaux d’été

  • Version aneth et ail : la plus classique, proche du cornichon nordique. Deux gousses d’ail écrasées et une belle branche d’aneth. C’est celle que je fais le plus souvent.
  • Version pimentée : gingembre frais râpé, ail et piment en poudre, dans l’esprit du kimchi. Comptez une cuillère à café de piment pour un bocal d’un litre.
  • Mélanger les légumes : courgette et carotte, courgette et chou-fleur, courgette et haricot vert. Gardez des morceaux de taille comparable et recalculez le sel sur le poids total.
  • En rondelles plutôt qu’en bâtonnets : possible, mais elles flottent davantage et ramollissent plus vite, la surface exposée étant plus grande. Les bâtonnets restent le meilleur format.
  • Ne jetez pas la saumure : elle assaisonne une vinaigrette, se boit en petite quantité, ou sert de démarreur pour accélérer un prochain bocal.
  • Comment les servir : à l’apéritif telles quelles, hachées dans une salade de pommes de terre, dans un sandwich, ou en accompagnement d’un plat riche dont leur acidité coupe le gras.

Pour aller plus loin : mes cornichons lactofermentés et mon concombre lactofermenté suivent exactement le même principe, et j’ai rassemblé toutes mes recettes lactofermentées.

Questions fréquentes – courgettes lactofermentées

Pourquoi mes courgettes lactofermentées sont-elles molles ?

Trois causes, dont une principale et méconnue. L’extrémité florale du fruit, à l’opposé du pédoncule, concentre des enzymes qui dégradent la pectine, c’est-à-dire le ciment qui maintient les cellules entre elles : laissée en place, elle ramollit progressivement tout le bocal. Coupez-en un bon centimètre. Les deux autres causes sont la maturité du légume, une grosse courgette de fin de saison ne redevenant jamais ferme, et une fermentation trop longue. Cinq à sept jours suffisent, ensuite le froid stabilise la texture.

Combien de sel faut-il pour des courgettes lactofermentées ?

Trois pour cent du poids total, courgettes et eau confondues, soit trente grammes pour un kilo. C’est un demi-point de plus que pour la carotte, et la raison tient à la texture : la courgette est plus tendre au départ et le sel supplémentaire ralentit la fermentation, ce qui préserve le croquant. Ce dosage se calcule toujours en pourcentage et jamais en cuillères, la densité du sel variant énormément d’un type à l’autre. Utilisez un sel non raffiné, sans iode ni anti-agglomérant.

À quoi sert la feuille de laurier ou de vigne ?

À apporter des tanins, qui inhibent les enzymes responsables du ramollissement. C’est un vieux principe de fabricant de cornichons : une seule feuille par bocal suffit à prolonger le croquant de plusieurs semaines. Le laurier, la vigne, le cerisier, le chêne et surtout le raifort fonctionnent tous, tout comme une demi-cuillère à café de feuilles de thé noir, qui colore en revanche la saumure. Ces feuilles doivent être non traitées et lavées, mais surtout pas ébouillantées, ce qui détruirait les bactéries lactiques qu’elles portent.

Faut-il éplucher les courgettes ?

Non, et c’est même contre-productif. Les bactéries lactiques qui vont mener toute la fermentation vivent naturellement sur la peau du légume : l’éplucher revient à retirer précisément ce dont vous avez besoin. La peau aide aussi les bâtonnets à garder leur forme. Lavez simplement les courgettes sous l’eau froide, sans les brosser trop énergiquement, et coupez généreusement l’extrémité florale. Écartez en revanche le cœur spongieux si vos courgettes sont un peu grosses.

Combien de temps faut-il fermenter ?

Cinq à sept jours à température ambiante, nettement moins que pour la carotte ou le chou. La courgette est plus tendre et supporte mal une fermentation prolongée : au-delà d’une semaine, la texture se dégrade sans que le goût gagne beaucoup. Goûtez à partir du cinquième jour avec une fourchette propre, et dès que l’acidité vous convient, passez le bocal au réfrigérateur. La température ambiante change tout : à vingt-deux degrés, comptez deux fois moins de temps qu’à seize.

Comment savoir si mon bocal est raté ?

Apprenez à distinguer deux phénomènes très différents. Un voile blanchâtre, plat et mat à la surface de la saumure est une levure de fleur, parfaitement inoffensive : retirez-la à la cuillère et poursuivez. En revanche, des taches duveteuses et en relief, de couleur verte, noire, rose ou orangée, sont des moisissures qui imposent de jeter le bocal entier sans en récupérer une partie. Une odeur franchement putride, très différente de l’odeur acidulée normale, conduit à la même décision. Cela n’arrive presque jamais si tout est resté immergé.

Combien de temps se conservent-elles ?

Quatre mois au réfrigérateur, un peu moins que la carotte ou le chou dont la texture tient mieux dans la durée. Leur goût continue d’évoluer lentement en gagnant en acidité, et le croquant s’atténue progressivement. Gardez toujours les bâtonnets immergés dans leur saumure, y compris après ouverture, et prélevez avec une fourchette propre plutôt qu’avec les doigts : c’est la principale source de contamination d’un bocal entamé.

Quelle eau utiliser pour la saumure ?

Une eau minéralisée plutôt qu’une eau adoucie, et c’est un point qui surprend souvent. Le calcium qu’elle contient se fixe sur la pectine des parois cellulaires et forme des ponts entre les chaînes, ce qui renforce la fermeté du légume : une eau dure, au-dessus de quinze degrés français, favorise donc le croquant. Une eau passée par un adoucisseur ou un osmoseur, dont on a retiré ce calcium, joue au contraire contre vous. Quant au chlore du robinet, il n’empêche pas une lactofermentation de démarrer aux doses résiduelles de l’eau potable : ce n’est pas lui le coupable quand un bocal déçoit.



Vingt minutes de travail, une semaine d’attente, et un bocal de bâtonnets acidulés qui accompagne aussi bien un apéritif qu’un plat d’hiver. C’est la fermentation la plus rapide de mon carnet, et une bonne façon d’écouler les courgettes quand on n’en peut plus des gratins. Retenez le geste qui décide de tout : le centimètre coupé du côté de la fleur, là où se concentrent les enzymes qui ramollissent. C’est un détail que presque personne ne connaît et qui sépare un bocal croquant d’un bocal décevant. La feuille de laurier vient en renfort, et les cinq à sept jours de fermentation font le reste. Si vos courgettes ont déjà pris de l’âge, ne vous acharnez pas : mes chips de courgette au déshydrateur les valorisent bien mieux, et mes courgettes marinées à l’huile jouent sur un autre registre. Dites-moi en commentaire si vous avez tenté la feuille de vigne ou de raifort : les retours sur les tanins m’intéressent, et les résultats varient.

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