Mon premier matcha était franchement raté. J’avais acheté une petite boîte au supermarché. J’ai versé de l’eau bouillante dessus, j’ai mélangé avec une cuillère… et j’ai avalé une boisson amère, pleine de grumeaux, d’un vert kaki pas très engageant. La boîte a fini au fond du placard.
Il a fallu une dégustation chez une amie, des années plus tard, pour me réconcilier avec ce thé. Elle avait un vrai fouet en bambou et une poudre d’un vert éclatant. La mousse était fine, le goût doux et végétal, je ne m’y attendais pas du tout. J’étais conquise.
Depuis, j’ai testé pas mal de matcha. En ce moment, c’est le matcha de Palais des Thés qui trône à côté de ma bouilloire. J’aime l’idée que cette maison française indépendante achète directement à ses producteurs et fasse passer peu à peu ses thés en bio. Quand on boit la feuille entière, ce genre de détail compte, et je vous explique pourquoi un peu plus bas.
Et côté santé, alors ? On lit tout et son contraire sur le matcha. J’ai fouillé les études pour démêler le vrai du faux, et voilà ce que j’ai pu compiler.

Le matcha, c’est quoi au juste ?
On pourrait croire que c’est du thé vert moulu. Pas tout à fait.
Les théiers destinés au matcha passent leurs dernières semaines avant la récolte à l’ombre, sous des toiles tendues au-dessus des rangs. Moins de soleil, c’est plus de chlorophylle (d’où ce vert si intense) et davantage de L-théanine, l’acide aminé qui donne au matcha son goût doux et umami.
Une fois cueillies, les feuilles sont passées à la vapeur puis séchées. On retire les tiges et les nervures pour obtenir le tencha. C’est lui qu’on broie ensuite entre des meules de pierre, très lentement : quelques dizaines de grammes à l’heure.
Et voici ce qui rend le matcha unique : vous ne buvez pas une infusion, vous avalez la feuille entière, dispersée dans l’eau.
Plus riche qu’un thé vert infusé
Avec un thé vert classique, une partie seulement de ce que contient la feuille se retrouve dans la tasse. Le reste part au compost avec les feuilles usagées. Avec le matcha, vous profitez de tout : polyphénols, vitamines, minéraux, fibres.
Vous avez sans doute déjà croisé le fameux « 137 fois plus d’antioxydants que le thé vert ». J’ai voulu savoir d’où sortait ce chiffre. Il vient d’une étude publiée en 2003, qui comparait le matcha à un seul thé vert chinois, pas vraiment représentatif. Face aux autres thés verts étudiés, le matcha apportait au moins trois fois plus d’EGCG, la catéchine la plus présente dans le thé. On est loin de 137, mais ça reste très intéressant.
Des antioxydants, oui, mais pas un remède
Les catéchines font partie des polyphénols, et l’EGCG (gallate d’épigallocatéchine) est de loin la plus étudiée. Elles ont une activité antioxydante. Autrement dit, elles aident l’organisme à neutraliser les radicaux libres.
Au Japon, de grandes études qui ont suivi des dizaines de milliers d’adultes associent la consommation régulière de thé vert à une mortalité cardiovasculaire plus faible. C’est encourageant. Mais une association ne prouve pas que le thé en soit la cause. Les buveurs de thé ont souvent d’autres habitudes favorables, et il est difficile de faire la part des choses.
Personnellement, je vois le matcha comme une bonne chose parmi d’autres dans ma routine. Il ne remplace pas une bonne hygiène de vie.
L’effet que je ressens le plus : une énergie calme
C’est vraiment pour ça que je bois du matcha.
Côté caféine, un bol préparé avec 1 à 2 g de matcha en contient en général entre 30 et 70 mg, selon la qualité et la dose. Une tasse de café filtre tourne plutôt autour de 90 mg.
La différence tient à la L-théanine, cet acide aminé dont je vous parlais plus haut. Elle est associée à un état détendu mais éveillé. Combinée à la caféine, elle semble aider la concentration. Dans une étude de 2008, des volontaires qui avaient pris 50 mg de caféine et 100 mg de L-théanine se sont montrés à la fois plus rapides et plus précis sur une tâche d’attention exigeante.
Chez moi, ça se traduit par une énergie qui monte doucement et qui tient toute la matinée. Je n’ai pas ce petit coup de barre de 11 h que me laisse parfois le café. Les matins où j’ai plusieurs articles à boucler, je troque mon deuxième café contre un bol de matcha. Je me sens alerte.
Bien sûr, on ne réagit pas tous pareil à la caféine. Faites vos propres essais.
Et pour la ligne ?
On voit souvent le matcha présenté comme un « brûle-graisses ». Je préfère vous le dire tout de suite : aucune boisson ne fait fondre les kilos toute seule.
Certaines études montrent que le duo catéchines et caféine augmente un peu la dépense énergétique. Un peu, vraiment. Et les résultats les plus marqués viennent souvent d’extraits concentrés.
Ce qui me fait davantage tiquer, ce sont les matcha lattes vendus dans certains cafés. Entre le sirop et le lait sucré, un grand gobelet peut contenir l’équivalent de plusieurs morceaux de sucre. Le matcha n’y sert plus qu’à colorer la boisson !
Nature, un bol de matcha n’apporte presque aucune calorie. Si vous aimez la version latte, faites-la maison avec une boisson végétale sans sucre ajouté. Et si vous évitez le gluten, prenez une boisson amande ou riz, ou une boisson à l’avoine certifiée sans gluten.
Le matcha dans ma cuisine
Je l’utilise aussi en cuisine, surtout pour les petits-déjeuners et les desserts. Sa couleur fait toujours son effet, et son goût végétal va très bien avec la banane, la noix de coco ou l’amande.
Le matin, une demi-cuillère se glisse sans problème dans un smoothie banane-épinards, ou dans un porridge de flocons de sarrasin au lait d’amande. Pour les goûters, je roule des energy balls aux dattes et aux noix de cajou que je passe dans le matcha. Et quand j’ai du monde à dîner, la panna cotta au lait de coco parfumée au matcha a toujours son petit succès.
Un détail à garder en tête : la chaleur détruit une partie des catéchines. Si vous recherchez avant tout les bienfaits, misez sur les préparations crues ou peu chauffées, comme les smoothies, les desserts froids ou les boissons. Dans un gâteau, le matcha apporte surtout du goût et de la couleur.
Bien choisir son matcha
J’ai appris à mes dépens qu’un mauvais matcha peut vous dégoûter pour longtemps. Voici ce que je regarde avant d’acheter.
La couleur, en premier. Un bon matcha est vert vif. Ma fameuse boîte de supermarché tirait sur le kaki. Une poudre jaunâtre ou brunâtre trahit souvent des feuilles plus âgées ou un produit oxydé.
La provenance. Le matcha traditionnel vient du Japon, de régions réputées comme Uji, près de Kyoto, ou Nishio. Si l’étiquette reste floue sur l’origine, je passe mon chemin.
Le bio. Comme vous avalez la feuille entière, vous avalez aussi ce qui se trouve dessus, résidus de pesticides compris. C’est pour cette raison que je choisis du bio dès que je peux, et ce que j’apprécie chez Palais des Thés, ce sont ses achats en direct auprès des producteurs, sa collection de matcha bio, ainsi que sa transition progressive vers une offre composée à 100 % de feuilles de thé bio.
La conservation, enfin. L’air, la lumière, la chaleur et l’humidité abîment vite le matcha. Je prends de petites boîtes opaques et hermétiques. Une fois ouverte, la boîte file au réfrigérateur, et je la finis en quelques semaines.
Ma façon de préparer le matcha
On fait parfois de la préparation du matcha tout un cérémonial. Pour un bol à la maison, pas besoin d’en faire autant.
Il vous faut un bol assez large (le chawan), un fouet en bambou (le chasen) et, si possible, la petite cuillère en bambou (le chashaku). Le fouet, je vous le conseille vraiment, car c’est lui qui fait la mousse. Une cuillère ou une fourchette ne donneront jamais le même résultat. J’ajoute un petit tamis pour éviter les grumeaux.

Je tamise 1 à 2 g de matcha dans le bol, à peu près une cuillère à café rase. Je verse un fond d’eau et je mélange pour obtenir une pâte lisse. Puis j’ajoute le reste de l’eau, 60 à 80 ml en tout. L’eau doit être chaude mais pas bouillante, entre 70 et 80 °C. C’était mon erreur avec la boîte du supermarché : une eau trop chaude rend le matcha amer.
Ensuite, je fouette vite, en zigzag, le poignet bien souple, pendant 15 à 20 secondes. Dès qu’une mousse fine recouvre la surface, c’est prêt. Je le bois tout de suite, avant que la poudre retombe au fond.
L’été, je le fais glacé. Je fouette la poudre dans un peu d’eau tiède, puis je verse sur des glaçons avec de l’eau fraîche ou du lait d’amande. Par grosse chaleur, c’est un vrai bonheur.
Si le thé vous intrigue et que vous voulez aller plus loin, rien ne vaut les conseils de spécialistes. J’avais testé un atelier d’accords mets, thé et vin à l’École du Thé, et j’en suis ressortie avec une tout autre façon de déguster le thé.
Ce que je retiens
Le matcha est un thé vert riche en bons composés, qui donne une énergie douce et durable. Il m’offre une pause bien méritée dans la matinée.
Si vous débutez, misez sur un thé de qualité et surveillez la température de l’eau. Ce sont les deux erreurs que j’ai faites. Pour le reste, amusez-vous : chaud, glacé, dans un smoothie ou dans un dessert !
Vous avez déjà goûté au matcha, ou vous hésitez encore ? Racontez-moi en commentaire.