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Le jus de céleri branche a envahi les réseaux sociaux il y a quelques années, et on continue de m’en parler régulièrement. D’où vient cet engouement pour un légume qu’on réservait jusque-là aux bouillons ? Et surtout: est-ce que ça vaut la peine ?

J’ai fait la cure pendant trois mois. Je vous raconte honnêtement ce que j’ai observé, ce que je peux et ne peux pas en conclure, d’où vient cette mode, et ce qu’il faut savoir avant de se lancer — parce qu’il y a des précautions dont personne ne parle.

Vidéo : Mon retour d’expérience sur la cure de jus de céleri branche


D’où vient cet engouement, comment faire le jus et le consommer, et ce que j’ai observé après 30 jours de cure.

D’où vient cette mode

Cette question mérite d’être posée, parce que la réponse détermine la confiance qu’on peut accorder au reste.

L’engouement vient d’un auteur américain, Anthony William, qui publie sous le nom de « Medical Medium ». Il a consacré un livre entier au jus de céleri après en avoir fait l’un de ses remèdes phares, et le mouvement s’est propagé sur les réseaux sociaux à partir de là.

Il faut être claire sur un point: cet auteur revendique tenir ses informations médicales d’un esprit qui lui parle. Ce n’est pas une caricature, c’est sa propre présentation. Ses affirmations font l’objet de critiques nourries de la part de médecins et de diététiciens, et elles s’adressent en priorité aux personnes atteintes de maladies chroniques mal expliquées — c’est-à-dire à un public particulièrement vulnérable aux promesses.

Je le dis d’autant plus volontiers que j’ai moi-même été attirée par ce livre pour cette raison exacte. Quand on vit avec des symptômes que personne n’explique, on lit tout, et on essaie beaucoup de choses. C’est humain, et je ne vais pas donner de leçons.

Mais entre lire un livre par curiosité et le présenter comme une source fiable, il y a une différence que je n’avais pas assez marquée. C’est corrigé.

Ce qu’on lui prête, et ce qu’on en sait

Voici les propriétés attribuées au jus de céleri dans les ouvrages qui ont lancé cette mode: bénéfique pour la digestion, réactivation des enzymes digestives, renforcement des sucs gastriques, soutien immunitaire, apport en électrolytes, régénération des neurotransmetteurs et du système endocrinien, effets antioxydant et détoxifiant.

Aucune de ces affirmations ne repose sur des essais cliniques. Plusieurs ne veulent d’ailleurs pas dire grand-chose sur le plan physiologique: on ne « régénère » pas un système endocrinien avec un jus, et le mot détoxifiant ne désigne rien de mesurable — le foie et les reins filtrent en permanence, ils n’attendent pas qu’on leur envoie du céleri.

Ce que contient réellement le céleri

Le céleri branche est intéressant, mais pour des raisons plus modestes.

C’est un légume très riche en eau, peu calorique, qui apporte du potassium, un peu de vitamine K, et des composés étudiés en laboratoire: apigénine et lutéoline, deux flavonoïdes, ainsi que des phtalides qui font l’objet de travaux sur la pression artérielle.

Ces recherches existent bel et bien — contrairement à ce que j’écrivais dans la version précédente de cet article, où je suggérais que le sujet n’intéressait personne faute d’argent à en tirer. C’est faux: le céleri est étudié, ce sont les cures miracles qui ne le sont pas.

En revanche, la plupart de ces travaux portent sur des extraits concentrés, in vitro ou chez l’animal, à des doses sans rapport avec un verre de jus. On ne peut pas en déduire d’effet chez l’humain.

Un dernier point: le passage à l’extracteur retire les fibres, qui sont l’un des principaux intérêts nutritionnels du céleri. Manger les branches entières a aussi ses avantages.

Mon retour d’expérience, sur trois mois

Cure de jus de céleri branche : retour d'expérience sur trois mois

Ma cure de jus de céleri branche

Voici ce que j’ai observé. C’est un témoignage, pas une démonstration, et je vais vous dire pourquoi la distinction compte à la fin de cette section.

Sur le plan digestif, c’est là que j’ai constaté le plus. Après une période de deux semaines où j’étais nettement plus ballonnée qu’avant, j’ai eu un réel mieux. Je vis avec un syndrome de l’intestin irritable, avec des crises qui peuvent me clouer sur place, et je n’en ai plus eu depuis mars 2021. Tout n’est pas résolu — si j’appuie sur les intestins, j’ai toujours mal — mais l’absence de crises change considérablement ma qualité de vie.

Sur la clarté mentale et la fatigue, j’ai vu une nette amélioration. Je souffre par moments d’un brouillard mental associé à de la fatigue et à des maux de tête, avec des épisodes qui m’imposent le repos. Plus d’énergie, des maux de tête et un brouillard moins fréquents, et par conséquence un meilleur moral.

Sur l’anxiété, une diminution que j’attribue autant au fait de me sentir plus dynamique qu’au jus lui-même.

Sur le syndrome prémenstruel, une régression nette au bout de deux mois.

Sur les douleurs dorsales et articulaires, des améliorations — mais avec le recul, je pense qu’elles venaient du sport. J’ai dû arrêter mes sorties pendant quinze jours et les douleurs sont revenues.

Ce que je ne peux pas conclure

Et c’est important, parce que c’est ce qui distingue un témoignage utile d’un témoignage trompeur.

J’ai repris le sport peu avant de commencer la cure. Cinq sorties de cinquante minutes de marche nordique par semaine, alors que je n’avais plus d’activité régulière. C’est un changement majeur, dont les effets sur la fatigue, l’humeur, le sommeil et les douleurs sont bien documentés — bien mieux que ceux du jus de céleri.

Je m’attendais à ressentir quelque chose. J’avais lu le livre, j’étais motivée, je consacrais du temps chaque matin à cette préparation. L’attente d’un effet en produit une partie, et ce n’est pas de l’imagination: c’est un mécanisme physiologique documenté.

Le syndrome de l’intestin irritable évolue par phases. Une accalmie de plusieurs mois peut survenir spontanément, et c’est même fréquent.

Je n’ai donc aucun moyen de savoir ce qui a fait quoi. Ce que je peux dire, c’est que je vais mieux et que je continue le jus deux à trois fois par semaine, parce que ça me plaît. Rien de plus.

Les précautions dont personne ne parle

Cette section est celle qui manquait le plus, et je m’en veux de ne pas l’avoir écrite plus tôt. Boire 450 ml de jus cru quotidien n’est pas un geste anodin.

Le céleri est un allergène majeur

Il figure parmi les allergènes à déclaration obligatoire en Europe. Il existe un syndrome bouleau-armoise-céleri bien documenté, avec des réactions croisées chez les personnes allergiques aux pollens, et des cas d’anaphylaxie rapportés dans la littérature médicale française.

Si vous êtes allergique aux pollens de bouleau ou d’armoise, la prudence s’impose — et un jus concentre la dose.

Les psoralènes et le soleil

Celle-ci est vraiment peu connue. Le céleri contient des furocoumarines phototoxiques, notamment des psoralènes, et des travaux ont mesuré leur passage dans le sang après ingestion. La photodermatose au céleri est décrite, en particulier chez des professionnels qui le manipulent.

Les teneurs augmentent dans les céleris longuement stockés ou atteints de moisissures. Une consommation quotidienne importante associée à une exposition solaire mérite donc de la vigilance, surtout si vous avez la peau claire ou que vous pratiquez une activité extérieure.

Le céleri est riche en FODMAP

C’est le point qui m’a le plus surprise en préparant cette mise à jour. Le céleri contient du mannitol, un polyol qui en fait un aliment riche en FODMAP — et le passage à l’extracteur concentre cet apport en retirant les fibres.

Autrement dit, c’est théoriquement le genre de boisson qui devrait aggraver un syndrome de l’intestin irritable. Mes deux semaines de ballonnements marqués au démarrage correspondent d’ailleurs exactement à ce qu’on attendrait.

Je ne remets pas en cause ce que j’ai ressenti ensuite, mais si vous avez un intestin irritable, sachez que le résultat peut aller dans l’autre sens, et que c’est prévisible. Commencez par de très petites quantités.

Les situations qui appellent un avis médical

  • Traitement anticoagulant antivitamine K: le jus concentre la vitamine K, et c’est la régularité des apports qui compte.
  • Insuffisance rénale: teneur en potassium.
  • Antécédents de calculs rénaux: le céleri contient des oxalates.
  • Traitements en cours: des travaux ont montré que les jus de céleri et de persil modifient l’activité de médicaments métabolisés par le cytochrome P450.
  • Grossesse et allaitement: par prudence, faute de données sur des consommations importantes.

Et une évidence qui mérite d’être écrite: si vous avez des symptômes chroniques, une cure de jus ne remplace pas un diagnostic. Les troubles digestifs persistants relèvent d’un médecin — beaucoup de situations portent un vrai nom et se prennent en charge.

Comment réussir son jus

Quelques astuces pratiques, parce que la principale difficulté est mécanique.

Les longues fibres des branches bloquent la sortie de l’extracteur. La solution: coupez des tronçons de 8 cm pour un extracteur horizontal, et de 2 à 3 cm pour un modèle vertical.

Ma méthode: je coupe en tronçons, je lave, je passe à l’essoreuse à salade, puis à l’extracteur. Un dernier passage dans un sac à lait végétal filtre les fibres résiduelles.

Le jus se consomme immédiatement après extraction, il s’oxyde très vite. La formule habituellement recommandée est de 450 ml à jeun le matin, mais commencez par bien moins — un verre de 150 ml suffit à voir comment vous le tolérez.

Les inconvénients pratiques

Ils ne sont pas négligeables, et ce sont eux qui font abandonner la plupart des gens.

L’approvisionnement. Il faut environ une botte moyenne par jour, soit sept par semaine. Trouver sept bottes fraîches et bio n’est pas évident, et ça occupe une place considérable dans le panier comme au réfrigérateur.

Le temps. Préparer et boire le jus à jeun, puis attendre avant de manger, décale complètement le petit-déjeuner du reste de la famille.

Le coût. Sept bottes hebdomadaires, sur trois mois, cela représente une somme.

Le goût. Le céleri est puissant, et si vous n’êtes pas habituée aux jus verts, le démarrage est rude.

Questions fréquentes

Le jus de céleri a-t-il des effets prouvés ?

Non. Les propriétés qu’on lui attribue — réactivation des enzymes digestives, régénération du système endocrinien, effet détoxifiant — ne reposent sur aucun essai clinique, et plusieurs n’ont pas de sens physiologique. Le céleri contient bien des composés étudiés, comme l’apigénine, la lutéoline et les phtalides, mais ces travaux portent sur des extraits concentrés, in vitro ou chez l’animal, à des doses sans rapport avec un verre de jus.

Le jus de céleri convient-il en cas d’intestin irritable ?

Prudence. Le céleri contient du mannitol, ce qui en fait un aliment riche en FODMAP, et le passage à l’extracteur concentre cet apport en retirant les fibres. C’est donc théoriquement le genre de boisson qui peut aggraver un syndrome de l’intestin irritable, et des ballonnements marqués au démarrage sont attendus. Si vous voulez essayer, commencez par de très petites quantités.

Y a-t-il des précautions à prendre ?

Oui, plusieurs. Le céleri est un allergène à déclaration obligatoire, avec un syndrome bouleau-armoise-céleri documenté et des cas d’anaphylaxie rapportés. Il contient des psoralènes phototoxiques, ce qui appelle de la vigilance en cas d’exposition solaire. Sa teneur en vitamine K compte pour les personnes sous anticoagulants antivitamine K, son potassium en cas d’insuffisance rénale, ses oxalates en cas d’antécédents de calculs. Des travaux ont aussi montré une interaction avec des médicaments métabolisés par le cytochrome P450.

Comment réussir son jus de céleri à l’extracteur ?

La difficulté est mécanique: les longues fibres bloquent la sortie de l’extracteur. Coupez des tronçons de 8 cm pour un extracteur horizontal et de 2 à 3 cm pour un modèle vertical. Lavez, essorez à l’essoreuse à salade, puis passez à l’extracteur. Un dernier filtrage dans un sac à lait végétal élimine les fibres résiduelles. Le jus se boit immédiatement, il s’oxyde très vite.

Faut-il boire le jus à jeun ?

C’est la formule habituellement recommandée — 450 ml à jeun le matin, en attendant une trentaine de minutes avant de manger — mais elle vient des ouvrages qui ont lancé cette mode, pas d’une base expérimentale. Commencez par bien moins: un verre de 150 ml suffit à voir comment vous le tolérez, en particulier si vous avez un intestin sensible.

Le conseil de Karen

Si vous voulez essayer, faites-le pour ce que c’est: un jus de légume agréable, pas un traitement. Commencez par un petit verre, tenez compte des précautions ci-dessus, et si vous avez des symptômes chroniques, parlez-en d’abord à votre médecin. Et sachez que manger le céleri entier, avec ses fibres, a aussi ses avantages.

Vous avez testé ? Racontez-moi en commentaire ce que vous avez observé.

Cet article relate une expérience personnelle et ne constitue pas un avis médical. Des symptômes chroniques ou persistants relèvent d’une consultation, et toute cure prolongée gagne à être évoquée avec un professionnel de santé.

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