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L’abricot a une saison courte et brutale : six semaines, entre mi-juin et fin juillet, et ensuite plus rien jusqu’à l’année suivante. C’est le fruit qui m’a poussée vers les bocaux, bien avant tous les autres. Bonne nouvelle par rapport à la figue, dont j’ai déjà parlé : l’abricot est un fruit franchement acide, ce qui simplifie beaucoup la mise en conserve. Pas d’acidification obligatoire, un temps de stérilisation plus court. Le vrai enjeu est ailleurs. Il tient au brunissement, cette oxydation qui grise les oreillons dès qu’ils sont coupés, et à la tenue des fruits, qui se délitent en compote si on les choisit trop mûrs. Je détaille les deux plus bas. J’ajoute un point que beaucoup de recettes traditionnelles ignorent : ne mettez jamais les noyaux dans les bocaux, malgré ce que faisaient nos grands-mères pour le parfum d’amande. J’explique pourquoi. En dehors des conserves, j’utilise ces fruits pour ma tarte aux abricots sans gluten, qui reste le dessert que ma famille réclame le plus en juillet.

Pourquoi cette recette fonctionne

  • L’acidité naturelle fait le travail : l’abricot affiche un pH de 3,3 à 4,0, très en dessous du seuil de 4,6 qui conditionne la sécurité d’une conserve. Aucun ajout d’acide n’est nécessaire, contrairement à la figue ou à certaines tomates, et le traitement à l’eau bouillante suffit pleinement pour ces conserves d’abricots.
  • Le bain citronné bloque l’oxydation : la chair coupée brunit en quelques minutes sous l’action d’une enzyme. Un bain d’eau citronnée le temps de dénoyauter les fruits suspend la réaction, et les oreillons gardent leur couleur orange vif.
  • Le pochage court chasse l’air : trois à cinq minutes dans le sirop frémissant suffisent. Les oreillons cessent de flotter, se colorent uniformément, et le bocal se remplit sans poche d’air.
  • Un sirop léger préserve la forme : 400 g de sucre par litre créent assez de pression osmotique pour raffermir la chair sans la vider de son eau. Au-delà, les fruits se ratatinent et remontent en surface.

Recette de conserves d’abricots au sirop

  • Recette sans gluten
  • Recette sans lactose
  • Recette vegan

Conserves d'abricots au sirop

Conserves d’abricots au sirop

Conserve

Pour 4 bocaux de 500 ml
Temps de préparation :
Temps de cuisson :
Temps total :

Ingrédients

  • 2 kg d’abricots mûrs mais fermes
  • 1 litre d’eau pour le sirop
  • 400 g de sucre de canne blond
  • 1 litre d’eau froide et le jus d’1 citron, pour le bain anti-oxydation
  • 1 gousse de vanille fendue, ou 1 bâton de cannelle (facultatif)
  1. Préparez les bocaux
    Lavez bocaux et couvercles à l’eau très chaude savonneuse, rincez abondamment. Passez le doigt sur chaque bord de verre : une ébréchure, même minime, empêchera la fermeture. Utilisez des joints en caoutchouc neufs ou des capsules jamais servies. Gardez les bocaux au chaud, dans un four à 60 °C ou dans de l’eau frémissante, pour éviter le choc thermique au remplissage.
  2. Préparez le bain citronné
    Remplissez un grand saladier d’un litre d’eau froide et versez-y le jus d’un citron. C’est là que les oreillons attendront pendant que vous dénoyautez les suivants. Sans ce bain, la chair grise en cinq minutes sous l’action de la polyphénol oxydase, et la couleur ne revient jamais.
  3. Dénoyautez les abricots
    Lavez les fruits, essuyez-les, puis ouvrez-les en deux en suivant le sillon naturel : le noyau se détache d’un simple coup de pouce sur un abricot à point. Jetez les noyaux au compost sans les casser. Plongez les oreillons dans le bain citronné au fur et à mesure. Un couteau d’office suffit, aucun ustensile particulier.
  4. Faites le sirop
    Portez à ébullition l’eau et le sucre dans une grande casserole, en remuant jusqu’à dissolution complète. Ajoutez la vanille ou la cannelle si vous en utilisez. Le liquide doit rester limpide et fluide, à peine plus épais que de l’eau.
  5. Pochez 5 minutes
    Égouttez les oreillons et plongez-les dans le sirop frémissant, par fournées pour ne pas les tasser. Comptez 5 minutes à partir de la reprise du frémissement. La chair devient translucide sur les bords et la couleur s’intensifie, passant de l’orange pâle à l’abricot soutenu. Ils cessent de flotter, c’est le signe que l’air est parti.
  6. Remplissez et fermez
    Répartissez les oreillons chauds à l’écumoire, face bombée vers le bas, en les tassant sans les écraser. Couvrez de sirop bouillant en laissant 2 cm d’espace vide sous le bord. Passez une lame fine le long de la paroi pour libérer les bulles. Essuyez soigneusement le bord du verre : une goutte de sirop suffit à compromettre l’étanchéité. Posez les joints et fermez.
  7. Stérilisez 20 minutes
    Placez un torchon au fond d’une grande marmite, calez les bocaux sans qu’ils se touchent, couvrez d’eau sur 3 cm au-dessus des couvercles. Portez à ébullition franche et comptez 20 minutes à gros bouillons pour des bocaux de 500 ml, 25 minutes pour des bocaux d’un litre. Le décompte démarre seulement quand l’eau bout réellement.
  8. Refroidissez et vérifiez
    Laissez les bocaux refroidir dans leur eau, sans les sortir, jusqu’à température ambiante. Contrôlez ensuite chaque fermeture. Un couvercle qui n’est pas scellé : mettez ce bocal au réfrigérateur et consommez-le dans la semaine.

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Le conseil de Karen

Un point que je tiens à souligner, parce qu’il circule encore beaucoup : ne glissez pas de noyaux d’abricot dans vos bocaux, contrairement à ce que faisaient nos grands-mères pour obtenir un parfum d’amande. L’amande contenue dans le noyau renferme de l’amygdaline, une molécule qui libère du cyanure lors de la digestion. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a estimé que quelques amandes suffisent à dépasser la dose de référence chez un adulte, et bien moins encore chez un enfant. Si vous voulez cette note amandée, utilisez une gousse de vanille, une goutte d’extrait d’amande amère alimentaire ou quelques amandes classiques. Pour le reste, ces conserves d’abricots se gardent 12 mois dans un endroit frais, sec et sombre, entre 10 et 20 °C, à condition d’étiqueter la date. Avant chaque ouverture, examinez le bocal : couvercle non scellé, sirop trouble, bulles qui remontent seules ou odeur de fermentation imposent de jeter sans goûter. Après ouverture, comptez 5 jours au réfrigérateur.

Valeurs nutritionnelles indicatives pour 100 g d’abricots au sirop

Par 100 g

Énergie ~78 kcal
Glucides ~17,9 g
Dont sucres ~17,6 g
Protéines ~0,6 g
Lipides ~0,1 g
Fibres ~1,1 g
Sodium ~0,002 g

Soit environ 117 kcal par portion de 150 g, fruits et sirop confondus. Comptez 82 kcal si vous égouttez les oreillons avant de servir, l’essentiel du sucre restant dans le sirop.

Comment faire des conserves d'abricots

Comment faire des conserves d’abricots

Temps de stérilisation selon le format et l’altitude

Le temps de traitement dépend de la taille du bocal et de votre altitude, puisque l’eau bout à température plus basse en montagne. Le décompte commence à l’ébullition franche, jamais au moment où vous allumez le feu. Ces durées valent pour des fruits pochés au préalable, comme dans cette recette.

Altitude Bocaux de 500 ml Bocaux de 1 litre
0 à 300 m 20 min 25 min
300 à 900 m 25 min 30 min
900 à 1 800 m 30 min 35 min
Au-delà de 1 800 m 35 min 40 min

La grande majorité des lecteurs se situent dans la première ligne. Si vous vivez en zone de montagne, l’ajustement n’est pas facultatif : à 1 500 m, l’eau bout autour de 95 °C, et cinq degrés de moins changent réellement l’efficacité du traitement. En cas de doute sur votre altitude, une recherche sur le nom de votre commune donne la réponse en quelques secondes.

Astuces et variantes pour les conserves d’abricots

Mes idées pour réussir et personnaliser vos bocaux de juillet

  • Choisir la variété : le Bergeron, tardif et ferme, tient remarquablement bien la stérilisation. Le Rouge du Roussillon donne plus de goût mais s’affaisse davantage. Écartez les fruits très mûrs, réservez-les au coulis ou à la confiture.
  • Parfumer le sirop : une gousse de vanille fendue, un bâton de cannelle, une branche de lavande alimentaire ou une lanière de zeste d’orange non traitée. Un seul aromate à la fois, ajouté dès le départ pour qu’il infuse pendant le pochage.
  • Version en quartiers : pour un usage en tarte, coupez les oreillons en deux dans la largeur avant le pochage. Réduisez alors le pochage à 3 minutes, les morceaux plus petits chauffent plus vite.
  • Sirop plus léger : descendez à 200 g de sucre par litre pour un apport réduit d’un quart environ. Les fruits tiennent un peu moins bien, mais le goût de l’abricot ressort davantage. La sécurité du bocal ne change pas, elle repose sur l’acidité naturelle du fruit et sur le temps de traitement.
  • Réutiliser le sirop : ne le jetez pas à l’ouverture. Il parfume un thé glacé, nappe une salade de fruits, ou se réduit dix minutes à la casserole pour devenir un coulis express.
  • Comment les servir : égouttés sur une pâte sablée, mixés en coulis pour un dessert glacé, ou simplement dans un bol avec des amandes effilées grillées.

Questions fréquentes – conserves d’abricots au sirop

Faut-il ajouter du jus de citron dans les bocaux d’abricots ?

Pas pour des raisons de sécurité, contrairement à la figue ou à certaines tomates. L’abricot est un fruit naturellement acide, avec un pH compris entre 3,3 et 4,0, donc bien en dessous du seuil de 4,6 qui rend une acidification obligatoire. Le jus de citron de cette recette sert uniquement au bain anti-oxydation, avant le pochage, pour empêcher la chair de brunir. Vous pouvez toutefois en ajouter une cuillère à café par bocal si vos fruits sont très mûrs et très sucrés : cela réveille le goût, sans que ce soit une nécessité sanitaire.

Peut-on mettre les noyaux d’abricot dans les bocaux ?

Non, et c’est un point sur lequel la tradition familiale est prise en défaut. L’amande logée dans le noyau contient de l’amygdaline, une molécule qui libère du cyanure lors de la digestion. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a établi que quelques amandes suffisent à dépasser la dose de référence aiguë chez un adulte, et une quantité bien moindre chez un jeune enfant. Le risque augmente encore dans un bocal, où l’amande macère plusieurs mois dans le sirop. Pour obtenir cette note amandée sans danger, utilisez une gousse de vanille ou quelques gouttes d’extrait d’amande amère alimentaire.

Pourquoi mes abricots brunissent-ils dans le bocal ?

Deux causes se combinent souvent. La première est l’oxydation enzymatique au moment de la découpe : la chair exposée à l’air grise en quelques minutes, et le bain d’eau citronnée sert exactement à l’éviter. La seconde est l’air resté dans le bocal, soit parce que le pochage a été écourté, soit parce que l’espace de tête est trop grand ou que les fruits flottent au-dessus du sirop. Les parties émergées brunissent alors lentement pendant le stockage. Le résultat reste consommable, mais l’aspect en souffre.

Faut-il éplucher les abricots ?

Non, la peau de l’abricot est fine et se mange sans difficulté, contrairement à celle de la pêche. Elle maintient aussi l’oreillon pendant la stérilisation et l’empêche de se déliter. Le pelage prendrait un temps considérable pour deux kilos de fruits, et fragiliserait la chair. Si vous y tenez vraiment, un passage de trente secondes dans l’eau bouillante puis dans l’eau glacée facilite le retrait, mais je ne vois honnêtement pas l’intérêt ici.

Combien de temps se conservent des abricots au sirop ?

Douze mois dans un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière, idéalement entre 10 et 20 degrés. Au-delà, les bocaux correctement scellés restent sûrs, mais la couleur passe et la texture se ramollit. Étiquetez systématiquement la date de mise en bocal, on oublie très vite d’une année sur l’autre. Une fois le bocal ouvert, comptez cinq jours au réfrigérateur, en veillant à ce que les fruits restent immergés dans leur sirop.

Comment savoir si un bocal est raté ?

Plusieurs signaux doivent alerter. Un couvercle bombé ou qui rebondit sous le doigt indique une fermeture défaillante ou une fermentation en cours. Un sirop devenu trouble ou laiteux, traversé de bulles qui remontent seules, est un mauvais signe. À l’ouverture, un jet de liquide, une odeur aigre ou un dépôt inhabituel doivent conduire à jeter le contenu sans y goûter et sans le donner à un animal. La règle vaut sans exception : dans le doute, on jette.

Peut-on faire ces conserves sans sucre ?

Oui, en remplaçant le sirop par de l’eau bouillante ou par du jus de pomme. Le sucre ne joue aucun rôle de conservateur ici, contrairement à ce que l’on imagine souvent : il faudrait atteindre une concentration proche de celle d’une confiture, autour de soixante pour cent, pour qu’il ait un effet réel sur les micro-organismes. Dans un fruit au sirop, on plafonne autour de vingt pour cent. La sécurité repose entièrement sur l’acidité du fruit et sur le temps de stérilisation, tous deux inchangés. Le compromis, c’est la texture : sans sucre, les oreillons s’affaissent et le liquide reste trouble.



Une matinée de juillet, quatre bocaux, et le mois d’octobre devient beaucoup plus agréable. C’est le calcul que je refais chaque année en voyant les cageots arriver au marché à prix cassé. Les deux points à ne pas rater sont le bain citronné et l’ébullition franche : le premier pour la couleur, le second pour la sécurité. Et n’oubliez pas la règle des noyaux, qui vaut aussi pour les cerises et les prunes. Si vous ouvrez un bocal en février et que les oreillons sont orange vif dans un sirop limpide, vous saurez que la méthode était la bonne. Pour les fruits qui ne finissent pas en bocaux, j’en garde toujours de côté : ils deviennent un coulis d’abricots que je congèle en portions, ou une glace à l’abricot saveur amande, entièrement végétale et parfaite pour la fin d’été. Dites-moi en commentaire quelle variété vous avez mise en bocaux et si vos oreillons ont gardé leur forme : les écarts sont réels entre un Bergeron ferme et un Rouge du Roussillon, et vos retours aideront ceux qui hésitent encore devant l’étal.

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