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Mon premier osso bucco de veau est sorti de la cocotte en morceaux : la viande s’était détachée de l’os, les tranches avaient perdu leur forme, et j’ai servi quelque chose qui ressemblait davantage à un ragoût. Il manquait un tour de ficelle. Deux minutes par tranche, et tout tient jusqu’au service. C’est le genre de détail que les recettes françaises passent sous silence alors qu’il change complètement le résultat à l’assiette. Ce plat milanais est sans gluten dans ma version, la farine de riz remplaçant la farine de blé pour l’enrobage, et sans produit laitier, l’huile d’olive tenant lieu de beurre. Le nom signifie littéralement « os troué », et tout est là : c’est la moelle au centre de l’os qui fait ce plat, fondante après deux heures de mijotage. Je détaille aussi la gremolata, ce mélange de zeste de citron, d’ail et de persil ajouté hors du feu, qui réveille l’ensemble et que beaucoup oublient. Comptez trente minutes de travail, le reste se passe à couvert pendant que vous faites autre chose.
Pourquoi cette recette fonctionne
- La ficelle maintient la tranche entière : le jarret est entouré d’une membrane qui se rétracte à la chaleur et fait éclater la tranche. Un tour de ficelle de cuisine autour de chaque morceau règle définitivement le problème.
- Le collagène se transforme en gélatine : le jarret est un muscle très sollicité, riche en tissu conjonctif. Deux heures à frémissement suffisent à le convertir, ce qui donne à la fois une viande fondante et une sauce naturellement liée.
- La farine de riz dore mieux que celle de blé : plus fine et sans gluten, elle forme une pellicule qui colore vite à la saisie et épaissit la sauce sans faire de grumeaux.
- La gremolata relance en fin de course : après deux heures, les saveurs se sont fondues et tout devient un peu uniforme. Le zeste de citron cru ajouté au dernier moment rend au plat la vivacité que la cuisson longue a effacée.
Bien choisir ses tranches de jarret
Tout se joue chez le boucher, et deux critères comptent vraiment : l’épaisseur et la présence de l’os à moelle. Une tranche fine cuit trop vite et se défait, une tranche sans moelle n’est plus vraiment un osso bucco.
| Critère | Ce qu’il faut | Pourquoi |
|---|---|---|
| Épaisseur | 3 à 4 cm | En dessous, la viande se dessèche avant que le collagène ne fonde |
| Partie du jarret | Jarret arrière de préférence | Plus charnu que l’avant, meilleur rapport viande-os |
| Os central | Bien présent, rempli de moelle | C’est le cœur du plat, et il parfume toute la sauce |
| Couleur | Rosé clair, jamais grisâtre | Signe de fraîcheur du veau |
| Poids par tranche | 250 à 300 g avec l’os | Une tranche par personne, os compris |
Un mot sur le budget : le jarret de veau est un morceau à mijoter, donc moins cher qu’une escalope ou qu’une côte, et c’est l’un des rares plats de fête qui reste raisonnable. Demandez à votre boucher de trancher devant vous plutôt que de prendre des tranches préemballées, souvent trop fines. Si vous ne trouvez pas de veau, le jarret de porc ou de dinde se prête à la même méthode, avec un goût plus marqué et un temps de cuisson un peu plus court.
Recette d’osso bucco de veau
- Recette sans gluten
- Recette sans lactose

Osso bucco de veau sans gluten, façon milanaise
Plat principal
Pour 6 personnes
Temps de préparation :
Temps de cuisson :
Temps total :
Ingrédients
- 6 tranches de jarret de veau de 3 à 4 cm d’épaisseur (1,6 kg environ)
- 40 g de farine de riz
- 4 cuillères à soupe d’huile d’olive (50 ml)
- 2 oignons jaunes (200 g)
- 2 carottes (200 g)
- 2 branches de céleri (150 g)
- 20 cl de vin blanc sec
- 400 g de tomates concassées en conserve
- 40 cl de bouillon de volaille ou de veau
- 1 feuille de laurier, 2 branches de thym
- 8 g de sel fin, poivre du moulin
- De la ficelle de cuisine
Pour la gremolata
- Le zeste finement râpé d’1 citron non traité
- 1 gousse d’ail dégermée, hachée très fin
- 4 cuillères à soupe de persil plat ciselé (10 g)
- Ficelez chaque tranche
Sortez la viande du réfrigérateur 30 minutes avant. Entourez chaque tranche d’un tour de ficelle de cuisine, comme on ceinture un rôti, et serrez sans étrangler la chair. C’est ce qui empêche la tranche d’éclater quand la membrane extérieure se rétracte à la chaleur. Épongez la surface au papier absorbant : une viande sèche colore, une viande humide cuit à la vapeur. - Farinez et saisissez
Salez, poivrez, puis passez chaque tranche dans la farine de riz en tapotant pour retirer l’excédent. Chauffez 2 cuillères à soupe d’huile dans une cocotte à fond épais et saisissez la viande 3 à 4 minutes par face, à feu vif et sans surcharger. Vous cherchez une croûte brune et une odeur de grillé, pas une simple coloration pâle. Sur une poêle en inox, la technique du test de la goutte évite que tout n’accroche. Réservez. - Faites suer les légumes
Dans la même cocotte, ajoutez le reste d’huile et faites fondre les oignons, les carottes et le céleri coupés en petits dés, à feu moyen pendant 10 minutes. Ils doivent devenir translucides et légèrement dorés, sans brunir. Raclez le fond à la spatule pour décoller les sucs laissés par la viande. - Déglacez au vin blanc
Versez le vin, montez le feu et laissez réduire de moitié en grattant le fond. L’odeur alcoolisée doit disparaître complètement, ce qui prend 3 à 4 minutes : tant qu’elle persiste, l’acidité restera dans la sauce finale. - Réunissez et lancez le mijotage
Remettez les tranches dans la cocotte, en une seule couche si possible. Ajoutez les tomates concassées, le bouillon, le laurier et le thym. Le liquide doit arriver aux trois quarts de la hauteur de la viande, sans la recouvrir. Portez à frémissement, couvrez et baissez au minimum. - Laissez cuire 2 heures
La surface doit à peine trembler, jamais bouillir. Retournez les tranches une fois à mi-cuisson et vérifiez le niveau de liquide, en ajoutant un peu de bouillon chaud si besoin. La viande est prête quand elle cède sous une simple pression de cuillère et se détache toute seule de l’os. La moelle a fondu et donné à la sauce une texture plus épaisse. - Préparez la gremolata
Pendant la dernière demi-heure, mélangez le zeste de citron, l’ail haché très fin et le persil ciselé. Ne la préparez pas plus tôt : l’ail cru s’oxyde et devient piquant en une heure, et les huiles essentielles du zeste s’évaporent. - Retirez les ficelles et servez
Coupez et retirez délicatement les ficelles avant de dresser, la viande tenant désormais toute seule. Parsemez la gremolata au dernier moment, hors du feu. Servez avec un petit couteau ou une cuillère à moelle : l’os creux se déguste en dernier, et c’est traditionnellement le meilleur morceau.
Le conseil de Karen
Cet osso bucco de veau gagne énormément à être préparé la veille : les saveurs se lient et la sauce s’épaissit en refroidissant. Réchauffez-le doucement à couvert, sans faire bouillir, et ajoutez la gremolata fraîchement préparée le jour même, jamais celle de la veille. Côté conservation, comptez 3 jours au réfrigérateur dans une boîte fermée, en refroidissant la préparation en moins de deux heures après cuisson : étalez-la dans un plat large plutôt que de laisser la cocotte tiédir sur le plan de travail. Le plat se congèle très bien pendant 3 mois, viande et sauce ensemble. Un point de vigilance si vous cuisinez pour des personnes fragiles, femmes enceintes ou jeunes enfants : la viande braisée deux heures est cuite à cœur sans ambiguïté, ce qui ne pose aucun problème, mais veillez à ne réchauffer qu’une seule fois et uniquement la quantité consommée. Enfin, lavez planche et couteau à l’eau chaude savonneuse après avoir manipulé la viande crue, avant de préparer la gremolata.
Valeurs nutritionnelles indicatives pour 100 g d’osso bucco
Par 100 g
| Énergie | ~107 kcal |
|---|---|
| Glucides | ~3,2 g |
| Dont sucres | ~1,8 g |
| Protéines | ~10,9 g |
| Lipides | ~4,6 g |
| Dont saturés | ~1,3 g |
| Fibres | ~0,6 g |
| Sodium | ~0,18 g |
Soit environ 321 kcal par portion de 300 g, viande et sauce comprises, hors accompagnement. Avec les protéines représentant plus de 40 % de l’apport énergétique, ce plat est riche en protéines au sens réglementaire. Les valeurs tiennent compte de la perte de poids à la cuisson et excluent l’os.
La gremolata : ce qui fait la différence entre un ragoût et un osso bucco
C’est l’élément que la plupart des recettes françaises escamotent, et pourtant il définit le plat. La gremolata est un mélange cru de zeste de citron, d’ail et de persil, ajouté au dernier moment, hors du feu, sur chaque assiette.
Sa fonction est précise. Après deux heures de mijotage, les saveurs se sont fondues les unes dans les autres et l’ensemble devient rond, riche, mais un peu uniforme. Le zeste de citron cru apporte une vivacité que rien dans la cuisson longue ne peut donner, l’ail retrouve son mordant et le persil sa fraîcheur végétale. C’est un contrepoint, pas une décoration.
Deux erreurs à éviter. La première consiste à la préparer trop tôt : l’ail cru s’oxyde et devient agressivement piquant en moins d’une heure, tandis que les huiles essentielles du zeste s’évaporent. Faites-la pendant la dernière demi-heure de cuisson. La seconde est de l’incorporer à la sauce et de laisser mijoter : elle perdrait exactement ce pour quoi elle existe.
Certaines versions milanaises y ajoutent une anchois écrasé ou un peu de zeste d’orange. À Milan, le plat s’accompagne traditionnellement d’un risotto au safran, dont la douceur crémeuse contrebalance l’acidité de la sauce.
Astuces et variantes pour l’osso bucco
Mes idées pour adapter ce plat mijoté
- Version blanche, la plus ancienne : supprimez les tomates et remplacez-les par 20 cl de bouillon supplémentaire. C’est l’osso bucco milanais d’origine, dit « in bianco », bien plus délicat et centré sur le goût du veau. La tomate n’est arrivée qu’au XIXe siècle dans cette recette.
- Au four plutôt qu’à la cocotte : après le déglaçage, enfournez à couvert à 150 °C pendant 2 h 30. La chaleur enveloppante est plus régulière que la plaque et vous n’avez rien à surveiller.
- À la cocotte-minute : 45 minutes après la mise en pression, puis retirez le couvercle et laissez réduire la sauce 10 minutes à découvert. Le gain de temps est réel, la texture un peu moins fondante.
- Autres viandes : le jarret de dinde donne un résultat plus léger et cuit en 1 h 30. Le jarret de porc demande le même temps que le veau avec un goût plus prononcé. L’agneau fonctionne aussi, avec du romarin à la place du thym.
- Épaissir la sauce : si elle reste trop liquide, retirez la viande et faites réduire à découvert 10 minutes. Évitez la fécule, la gélatine issue du collagène suffit normalement à lier.
- Que servir avec : un risotto au safran pour rester fidèle à Milan, une polenta crémeuse, ou un risotto à la betterave pour un contraste de couleur inattendu. Les pâtes sans gluten et la purée conviennent aussi.
Questions fréquentes – osso bucco de veau
Faut-il vraiment ficeler les tranches de jarret ?
Oui, si vous voulez servir des tranches entières plutôt qu’un ragoût. Chaque tranche de jarret est entourée d’une membrane de tissu conjonctif qui se rétracte fortement à la chaleur, ce qui déforme le morceau puis le fait éclater pendant les deux heures de mijotage. Un simple tour de ficelle de cuisine, serré sans étrangler la chair, maintient l’ensemble en place. Comptez deux minutes pour six tranches, et retirez la ficelle juste avant de dresser : la viande tient alors toute seule grâce à la gélatine formée pendant la cuisson.
Quel morceau demander à son boucher ?
Des tranches de jarret de veau de trois à quatre centimètres d’épaisseur, avec l’os central bien présent et rempli de moelle. Le jarret arrière est plus charnu que l’avant et offre un meilleur rapport entre la viande et l’os. Comptez 250 à 300 grammes par personne, os compris. Faites trancher devant vous plutôt que de prendre des barquettes préemballées, souvent coupées trop fin : en dessous de trois centimètres, la viande se dessèche avant que le collagène n’ait eu le temps de fondre.
Qu’est-ce que la gremolata et peut-on s’en passer ?
C’est un mélange cru de zeste de citron, d’ail haché et de persil plat, ajouté sur chaque assiette au dernier moment. Vous pouvez techniquement vous en passer, mais vous obtiendrez alors un bon ragoût de veau plutôt qu’un osso bucco. Après deux heures de mijotage, les saveurs se sont fondues et l’ensemble manque de relief : le zeste de citron cru apporte exactement la vivacité qui fait défaut. Préparez-la pendant la dernière demi-heure de cuisson, jamais à l’avance, car l’ail cru devient agressivement piquant en s’oxydant.
Peut-on préparer l’osso bucco la veille ?
C’est même conseillé, comme pour tous les plats mijotés. Les saveurs se lient pendant la nuit et la sauce s’épaissit en refroidissant grâce à la gélatine libérée par le collagène. Laissez refroidir rapidement après cuisson, en moins de deux heures, puis conservez au réfrigérateur dans une boîte fermée. Réchauffez doucement à couvert le lendemain, sans faire bouillir. Préparez en revanche une gremolata fraîche le jour même, celle de la veille ayant perdu tout son intérêt.
Comment rendre cette recette sans gluten ?
Elle l’est déjà dans cette version, la farine de riz remplaçant la farine de blé pour l’enrobage. Elle dore même mieux, étant plus fine, et épaissit la sauce sans former de grumeaux. La fécule de maïs ou la farine de sarrasin conviennent également. Vérifiez en revanche votre bouillon, beaucoup de cubes du commerce contenant du blé comme support : cherchez la mention sans gluten ou préparez un bouillon maison. Attention aussi si vous ajoutez des anchois, certaines préparations en contenant.
Pourquoi ma viande est-elle restée dure ?
Presque toujours parce que la cuisson a été écourtée. Contrairement à une viande à griller, un morceau à braiser passe par une phase où il durcit avant de s’attendrir : le collagène a besoin de temps et de chaleur humide pour se transformer en gélatine. Si votre viande résiste après deux heures, poursuivez simplement trente minutes de plus, elle finira par céder. Deuxième cause possible, une ébullition trop vive : la surface doit à peine trembler, jamais bouillir, sous peine de contracter les fibres.
Faut-il manger la moelle ?
C’est même le cœur du plat, et son nom le dit : osso buco signifie littéralement os troué en italien, en référence à ce canal central. Après deux heures de mijotage, la moelle est fondante et se prélève à la pointe d’un couteau ou avec une petite cuillère à moelle. Elle se déguste traditionnellement en dernier, étalée sur la viande ou sur l’accompagnement. Une partie a fondu pendant la cuisson et donné à la sauce sa texture nappante caractéristique.
Deux heures de cocotte pendant lesquelles vous n’avez presque rien à faire, et un plat qui impressionne toujours à table sans coûter cher. C’est le paradoxe des morceaux à braiser : ils demandent du temps mais aucune technique particulière, et ils pardonnent beaucoup. Retenez les trois gestes qui font la différence : la ficelle avant la saisie, le frémissement qui ne bout jamais, et la gremolata ajoutée hors du feu. Si vous préparez ce plat pour recevoir, faites-le la veille : vous gagnerez en sérénité et le résultat sera meilleur. Côté accompagnement, le risotto au safran reste la référence milanaise, mais une polenta crémeuse ou un risotto à la betterave font très bien l’affaire, et ce dernier apporte une couleur qui change complètement l’assiette. Dites-moi en commentaire si vous avez tenté la version blanche sans tomate, celle d’origine : c’est un plat très différent, plus délicat, et les retours de ceux qui l’ont goûtée m’intéressent beaucoup. Précisez aussi le temps qu’il vous a fallu, les écarts entre les tranches sont réels.